À peine installés dans leurs fonctions, les sénateurs béninois découvrent déjà l’étendue des avantages attachés à leur statut. Parmi eux, le passeport diplomatique, accordé également à certains membres de leur famille, pose problème . Au-delà de la nécessité de protéger les conditions d’exercice du mandat, cette disposition nourrit le débat sur une classe politique qui semble bénéficier de privilèges toujours plus importants.
Le Sénat béninois s’installe avec son lot de responsabilités, mais aussi avec des avantages qui ne manquent pas de susciter des interrogations. L’un des plus remarquables concerne le passeport diplomatique. Selon l’article 95 du règlement intérieur du Sénat, chaque sénateur y a droit pendant la durée de son mandat.
En effet, jusque-là, on pourrait considérer cette disposition comme un avantage lié à la fonction. Mais le texte va plus loin. Le privilège s’étend au conjoint ou à la conjointe du sénateur ainsi qu’à ses enfants âgés de moins de 21 ans. Et lorsqu’un enfant dépasse cet âge tout en poursuivant ses études, il peut également conserver le bénéfice du passeport diplomatique, sous réserve de justifier sa situation. Autrement dit, le statut de sénateur ne profite pas uniquement à celui qui siège au Sénat. Il ouvre également une porte à certains membres de sa famille. En cas de polygamie, un seul conjoint peut bénéficier de ce privilège, le choix étant laissé au sénateur.
Cette extension familiale donne une autre dimension à l’avantage. Un mandat politique devient ainsi susceptible de faciliter les déplacements internationaux non seulement du responsable public, mais aussi de certains membres de sa famille. Et le passeport diplomatique n’est évidemment pas un simple document administratif. Il constitue un marqueur de statut, associé à des facilités particulières dans les déplacements et à une certaine considération protocolaire. Que de tels avantages puissent accompagner le sénateur jusque dans son cercle familial peut légitimement interroger. Le débat ne porte donc pas sur le droit des sénateurs à bénéficier de conditions leur permettant d’exercer convenablement leur mandat. Il porte sur l’ampleur des privilèges accordés et leur extension à la famille
Bénin-France : deux conceptions du passeport diplomatique
La comparaison avec la France permet de mesurer l’originalité du dispositif béninois. En France, le simple statut de sénateur ne donne pas automatiquement droit au passeport diplomatique. Celui-ci est notamment accordé à certaines hautes fonctions, dont le président du Sénat.
Au Bénin, en revanche, tous les sénateurs en bénéficient pendant leur mandat, avec une possibilité d’extension à certains membres de leur famille. Cette différence mérite réflexion. Car à force d’associer aux fonctions politiques salaires, indemnités, facilités et privilèges divers, le citoyen peut finir par avoir le sentiment que la politique constitue l’une des voies les plus sûres vers le confort et les avantages.
Dans un pays où beaucoup de familles se battent quotidiennement pour assurer l’essentiel, ces privilèges peuvent paraître démesurés. Le Sénat gagnerait donc à faire de la sobriété et de l’exemplarité des valeurs aussi importantes que les prérogatives que lui confère la Constitution.
ASG