Le Sénat zimbabwéen a adopté une réforme constitutionnelle controversée qui prolonge de deux ans le mandat du président Emmerson Mnangagwa. Le texte, déjà approuvé par l’Assemblée nationale, ouvre la voie à de profonds changements du système politique et électoral du pays.
Le Parlement zimbabwéen a franchi une étape décisive dans la réforme de la Constitution. Réuni le 24 juin à Harare, le Sénat a adopté par 75 voix contre 4 le projet de loi constitutionnelle permettant au président Emmerson Mnangagwa de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Il devrait normalement quitter ses fonctions en 2028, comme le prévoyait la Constitution actuelle. Le texte n’attend plus que la signature du chef de l’État pour entrer en vigueur.
Au-delà de l’extension du mandat présidentiel, la réforme modifie en profondeur le fonctionnement des institutions. Elle reporte les prochaines élections générales de 2028 à 2030 et porte la durée des mandats présidentiels et parlementaires de cinq à sept ans. Plus controversé encore, le texte prévoit de remplacer l’élection du président au suffrage universel direct par une désignation par le Parlement
Les partisans de la réforme estiment qu’elle permettra d’assurer une plus grande stabilité politique et de mieux aligner les cycles électoraux. Le gouvernement affirme également que la limitation à deux mandats reste maintenue.
Les critiques dénoncent cependant une concentration accrue du pouvoir et une remise en cause des acquis démocratiques de la Constitution de 2013. Des organisations de la société civile, des juristes et plusieurs figures de l’opposition envisagent de contester la réforme devant les tribunaux, estimant qu’un tel changement aurait dû être soumis à référendum.
Âgé de 83 ans, Emmerson Mnangagwa dirige le Zimbabwe depuis 2017, après la chute de l’ancien président Robert Mugabe. Réélu en 2023 pour un second et théoriquement dernier mandat, il avait à plusieurs reprises affirmé qu’il quitterait le pouvoir en 2028.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU