Après plusieurs décennies d’annonces et de reports, le projet de gazoduc transsaharien entre le Nigeria, le Niger et l’Algérie entre dans une phase concrète. Alger a officiellement lancé les travaux de son tronçon national, relançant les ambitions africaines de devenir un fournisseur énergétique majeur du marché européen.
Le projet du Gazoduc Transsaharien (TSGP) franchit une étape décisive. Le gouvernement algérien a officiellement donné le coup d’envoi de la construction de la section algérienne de cette infrastructure énergétique géante destinée à transporter le gaz naturel du Nigeria vers l’Europe via le Niger. L’annonce a été faite le 4 juin à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar, en présence du ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, ainsi que de ses homologues nigérien et nigérian.
Long de 4 128 kilomètres, le gazoduc devrait relier les importantes réserves gazières du delta du Niger ( la plus grande région pétrolière) au hub gazier algérien de Hassi R’Mel avant d’être connecté aux réseaux d’exportation vers l’Europe. Sa capacité est estimée à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an pour un coût global évalué à environ 13 milliards de dollars.
Conçu dès les années 1970 et formalisé par un accord tripartite en 2009, le TSGP a longtemps souffert de difficultés financières, sécuritaires et diplomatiques. La guerre en Ukraine et la volonté européenne de diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique ont toutefois redonné un nouvel élan au projet. Aujourd’hui, l’Algérie est devenue l’un des principaux fournisseurs de gaz de l’Union européenne, renforçant l’intérêt stratégique de cette future liaison énergétique.
La section algérienne, longue de 1 210 kilomètres, sera réalisée par la compagnie nationale Sonatrach. Elle suivra le corridor de la route transsaharienne jusqu’à Hassi R’Mel, principal centre gazier du pays.
Des défis sécuritaires persistants
Malgré cet avancement, plusieurs obstacles demeurent. Le tracé traverse des zones du Sahel confrontées à l’insécurité et à l’activité de groupes armés. Le Niger, qui doit construire près de 720 kilomètres de pipeline sur son territoire, prévoit de lancer ses travaux en 2027. Les observateurs estiment que la protection de l’infrastructure constituera l’un des principaux défis du projet.
Face au projet concurrent du gazoduc Nigeria-Maroc, le TSGP dispose néanmoins d’un avantage : un coût inférieur et un calendrier de réalisation potentiellement plus rapide. Pour les trois pays partenaires, il représente à la fois une opportunité économique majeure et un symbole d’intégration énergétique africaine.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU