Une vidéo de 1 min 24 datant de 2023 montrant le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, affirmant que l’opération Barkhane aurait coûté 2 millions d’euros par jour (au Mali) continue de circuler sur les réseaux sociaux. L’extrait a alimenté de vives critiques contre la France, avant d’être largement contesté par des analyses factuelles. Retour sur une déclaration sortie de son contexte et sur les chiffres réels de l’opération.
La séquence, massivement relayée sur les réseaux sociaux depuis 2023, montre le chef de la diplomatie malienne déclarant que l’opération Barkhane aurait représenté un coût de « 2 millions d’euros par jour pour le Mali ». Dans la foulée, de nombreux internautes ont interprété ces propos comme la preuve que le Mali finançait directement l’intervention militaire française sur son territoire, alimentant ainsi une vague de critiques contre Paris.
Selon plusieurs travaux de vérification, dont ceux réalisés par des médias de fact-checking africains dont La Nation, la vidéo provient d’une intervention publique du ministre Abdoulaye Diop lors d’un événement diplomatique en août 2023. Il y évoquait les coûts globaux de l’opération Barkhane, mais sans préciser qu’il s’agissait d’une estimation générale des dépenses françaises de l’opération militaire au Sahel, et non d’un financement direct assumé par l’État malien.
En réalité, l’opération Barkhane était une mission extérieure de la France, financée par le budget français des opérations extérieures (OPEX), et non par les États hôtes. Selon plusieurs rapports officiels du Sénat français, son coût global est estimé à plusieurs milliards d’euros sur près de neuf ans, soit une moyenne annuelle importante supportée par le budget de la défense française. Contacté par La Nation, Paris à donné sa version des faits. Selon la France, la somme des coûts de l’opération Barkhane de 2014 à 2020 « fait environ 1,88 million d’euros par jour, soit à peu près 1,22 milliard francs Cfa à 2020 ».
Les spécialistes de la désinformation soulignent que l’extrait viral omet le contexte complet des propos du ministre, créant une lecture erronée de la déclaration. L’expression « 2 millions d’euros par jour » renvoie à une moyenne simplifiée des coûts de déploiement, souvent utilisée dans le débat politique, mais sans implication d’un paiement malien direct.
Au Mali et dans la sous-région, ces propos ont été largement repris par certains courants politiques et militants comme preuve d’une dépendance économique inversée entre Paris et Bamako, alimentant un discours critique sur la présence française au Sahel.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU