À peine installé dans ses fonctions, le président de la République, Romuald Wadagni, met en place son équipe proche chargée de l’accompagner dans la conduite de l’action gouvernementale. Parmi les premières nominations figurent celles de plusieurs chargés de mission aux affaires politiques en l’occurrence Gaston Dossouhoui, Jacques Ayadji et Modeste Kérékou.
Si ces désignations paraissent logiques dans le fonctionnement normal de l’appareil d’État, elles soulèvent néanmoins une interrogation légitime au regard du nouveau contexte institutionnel : quelle sera réellement l’utilité de ces chargés de mission aux affaires politiques dans un pays engagé dans une longue période de trêve politique ?
En effet, conformément aux dispositions de la nouvelle Constitution adoptée le 15 novembre dernier, le Bénin est désormais entré dans une phase particulière de son histoire politique. Cette période de trêve, qui s’étendra sur six années et prendra fin un an avant l’expiration du mandat présidentiel, vise à préserver la stabilité institutionnelle et à favoriser la mise en œuvre sereine des réformes engagées par le pouvoir en place. Durant cette période, le débat politique est appelé à être fortement encadré.
Les critiques ouvertes contre les actions du chef de l’État seront rares, tandis que certaines prises de position publiques des acteurs politiques seront limitées par les nouvelles règles du jeu. Dans un tel environnement, on s’interroge sur la pertinence du maintien d’un dispositif de conseillers ou chargés de mission aux affaires politiques autour du président de la République. Traditionnellement, les conseillers politiques jouent un rôle stratégique auprès du chef de l’État. Ils assurent le suivi des relations avec les partis politiques, analysent les rapports de force sur l’échiquier national, conduisent ou facilitent les négociations avec les formations de l’opposition et participent à l’élaboration des stratégies de communication politique. Ils servent également d’interface entre le pouvoir exécutif et les différents acteurs sociopolitiques du pays.
Or, dans un contexte où les tensions politiques sont appelées à diminuer et où les confrontations seront moins visibles, plusieurs de ces missions pourraient perdre de leur intensité. Les négociations avec l’opposition, par exemple, n’auront pas la même importance lorsque le débat contradictoire sera largement atténué. L’interrogation de savoir à quoi seront utiles les chargés de mission aux affaires politiques du président Romuald Wadagni garde toujours son sens.
Alassane Touré