Les audiences des lundi 1er et mardi 2 juin 2026 devant le tribunal militaire de Yaoundé ont apporté un nouvel éclairage dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Il s’agit des éléments techniques, des vidéos et des témoignages qui renforcent la thèse d’une opération organisée.
Dès l’ouverture des débats, l’expertise numérique présentée à la barre a occupé une place centrale. Le spécialiste entendu a exposé le contenu de téléphones saisis, révélant des échanges jugés compromettants et des connexions entre certains accusés, dont Justin Danwe, ancien directeur des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), et d’autres acteurs du dossier. La projection d’images montrant Martinez Zogo dans ses derniers instants a provoqué une vive émotion dans la salle d’audience.
D’après les éléments rapportés, on y voit le journaliste menotté, nu et soumis à des actes de torture inhumaine, ce qui a plongé la salle d’audience dans la stupeur. Le contenu de la séquence aurait aussi montré les circonstances de sa détention avant sa mort, avec des images suffisamment explicites pour provoquer un malaise immédiat, y compris chez certains accusés. Des témoins présents à l’audience ont évoqué une scène insoutenable, au point que plusieurs personnes auraient détourné le regard à la fin de la projection
Les nouvelles révélations confortent l’idée que l’enlèvement du journaliste n’aurait pas été une initiative isolée, mais une action conduite hors des circuits habituels du service de renseignement.
Le nom de Justin Danwe revient avec insistance. Il a reconnu sa participation à l’enlèvement, tout en niant être impliqué dans la mort du journaliste, une version que la partie civile conteste au vu des témoignages recueillis. La partie civile évoque également des pressions et des intérêts convergents autour de certaines personnalités citées dans ses interventions. De son côté, la défense et les avocats de la famille Zogo estiment que les éléments versés au dossier renforcent l’idée d’une opération préparée de bout en bout.
Le journaliste camerounais Martinez Zogo est une figure critique du gouvernement, retrouvé mort en janvier 2023 à Yaoundé. Dans ses émissions, il dénonçait régulièrement la corruption et les détournements de fonds orchestrés par les autorités dans les administrations publiques.
Au terme de ces audiences, l’affaire prend une dimension encore plus lourde. Les révélations de lundi et mardi ne livrent pas encore toutes les réponses, mais elles rapprochent visiblement la justice de la reconstitution du crime.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU