Romuald Wadagni, le nouveau président du Bénin, ne bénéficiera pas d’un état de grâce après avoir prêté serment, le 24 mai 2026. Il assumera ses fonctions en tant que dirigeant du Bénin dans un environnement national et régional où les enjeux de sécurité revêtent une importance plus que jamais cruciale. Particulièrement en ce qui a trait à la lutte contre le djihadisme.
Le 7 décembre 2025, les acquis démocratiques du « Quartier latin d‘Afrique », qui font de ce pays une exception en Afrique, ont failli s’écrouler suite à la tentative de coup d’État déjouée. Ce coup de force avait été fomenté par un groupe de militaires conduits par le lieutenant-colonel Pascal Tigri aujourd’hui en fuite. C’est dire que, si la menace a été repoussée, elle n’a pas été éradiquée dès lors que les cerveaux de cette tentative de déstabilisation des institutions républicaines n’ont pas encore été tous neutralisés.
Cette séquence sécuritaire intérieure n’est pas fortuite. Elle est intervenue dans un contexte régional où l’Afrique de l’Ouest, longtemps citée en exemple pour ses alternances démocratiques réussies depuis le printemps des libertés des années 1990, semble plutôt s’imposer comme le sanctuaire des changements anticonstitutionnels de pouvoir, notamment par la voie des armes.
Il ne fait guère de doute que cet environnement régional crisogène est préoccupant à plus d’un titre : le voisinage d‘anciennes républiques devenues des territoires de non-droit, voire des États faillis dont les nouvelles alliances au plan géopolitique ne sont guère rassurants. Et c’est le moins que l’on puisse dire, pour la sécurité et la stabilité du Bénin.
De temps à autre, la pieuvre fait son apparition au Bénin.
Le Bénin était jusque-là épargné par la pieuvre terroriste qui ne cesse de gagner de l’espace depuis l’effondrement du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 et l’embrasement du Sahel. Cependant, le pays a connu en 2021, dans le nord, les premiers attentats du terrorisme djihadiste sur son sol. Depuis lors, les assauts se sont multipliés en dépit de la forte mobilisation du gouvernement de Patrice Talon, notamment par le renforcement des capacités de riposte ou d’offensive de l’armée nationale béninoise en hommes et en matériels.
Le golfe de Guinée, une zone cruciale pour les djihadistes
Le ciblage du Bénin et de la quasi-totalité des États côtiers de l’Afrique de l’Ouest s’explique par leurs atouts géographiques, en particulier leur littoral et l’accès à la mer. Ce qui facilite la communication des terroristes djihadistes avec l’extérieur, pour les différents trafics qui leur permettent de se financer en armes ou d’écouler les gains d’une économie mafieuse et souterraine qui leur permettent de vivre et de combattre.
Pour y parvenir, il est indispensable pour ces groupes terroristes de se rendre maîtres d’espaces sanctuarisés, de véritables zones de non-droit sur lesquelles ils régneraient en maîtres et seigneurs.
Continuation des efforts de son prédécesseur
Les conséquences de ces assauts répétés des groupes terroristes sont considérables.
Outre les pertes en hommes causées à l’armée régulière, la peur qu’ils engendrent des déplacements de populations vers les pays voisins ou à l’intérieur du pays, vers des villes ou des régions plus apaisées. Les efforts des gouvernements du président sortant, PatriceTalon, pour créer dans l’ensemble du pays des zones économiques spéciales pourraient être compromis du fait de cette insécurité et de l’incertitude du lendemain qui ne sont pas favorables au déploiement d’investissements sur la longue durée. Pour l’heure, nous n’en sommes pas là.
Pour le nouveau chef de l’État, Romuald Wadagni, il s’agira de poursuivre les efforts de son prédécesseur. D’une part en termes de renforcement des capacités opérationnelles des forces armées régulières. Il faudrait aussi une structuration plus élaborée du renseignement prévisionnel, et ce d’autant plus que, comme dans d’autres pays africains où ils prennent pied, ces terroristes commencent par se fondre dans la population dont ils maîtrisent les us et coutumes, pour ne révéler leur visage criminel qu’au moment de la commission de leurs attentats.
D’autre part, il y a lieu de souligner que, dans le nord du Bénin, ces groupes terroristes s’appuient sur le déclassement social d’une partie de la population pour obtenir des allégeances, par des dons divers qu’accompagne toujours un prosélytisme religieux qui fait naître chez ces marginaux le sentiment qu’ils sont enfin reconnus comme des citoyens à part entière et restaurés dans leur dignité d’homme.
Politiques publiques plus inclusives
Par conséquent, Romuald Wadagni devra, au plan social, mettre en place des politiques publiques plus inclusives. Comme dans la Côte d’Ivoire voisine, ces observations ne manquent pas de pertinence. Il est certes indispensable de veiller à la bonne tenue des grands indicateurs économiques qui attirent d’autant plus les investissements directs étrangers qu’ils sont au vert. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’ils doivent être corrélés à des politiques publiques et plus efficaces de réduction de la pauvreté.
Toutefois, aussi louables soient-ils, les efforts menés par son prédécesseur n’auraient guère pu endiguer la menace du terrorisme djihadiste sans une coopération régionale renforcée, avec la Côte d’Ivoire, par exemple, voire, au-delà de la région ouest-africaine, avec la France ou d’autres partenaires étrangers, européens éventuellement. C’est le lieu de saluer la rencontre qui a eu lieu mi-mars à Cotonou entre les généraux chargés des forces armées française, ivoirienne et béninoise. Les hauts gradés ont décidé de continuer leur partenariat entamé l’année précédente.
Le but est de combattre le danger terroriste qui menace le nord du Bénin et la Côte d’Ivoire.
Cette coopération est plus que jamais nécessaire à un moment où trois pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et non des moindres, ont décidé de quitter l’organisation régionale pour une aventure géopolitique solitaire : le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Cette décision de faire bande à part semble toutefois virer au cauchemar et pourrait être porteuse d’un germe de déstabilisation pour toute la région. Romuald Wadagni, vainqueur de l’élection présidentielle d’avril 2026 au Bénin, s’est engagé à rétablir les relations avec le Niger. Après des années de tensions, cette promesse vise à normaliser les échanges bilatéraux, cruciaux pour le commerce frontalier, dans un contexte régional marqué par une possible désescalade.
Gageons que le nouveau chef de l’État béninois traduira ses promesses en actes, afin que les relations entre les pays membres de l’AES et le Bénin repartent sur de nouvelles bases, en dépit du positionnement idéologique de chacun d’entre eux.
Éric Topona