Accra a ordonné l’évacuation immédiate de 300 Ghanéens vivant en Afrique du Sud après une recrudescence d’attaques visant les étrangers. Le gouvernement ghanéen a également saisi l’Union africaine pour inscrire la crise à l’ordre du jour de sa réunion de juin 2026.
Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a confirmé l’opération sur les réseaux sociaux. Selon lui, le président ghanéen John Dramani Mahama a lui-même approuvé l’opération. Il précise que les évacués s’étaient enregistrés auprès du Haut-Commissariat du Ghana à Pretoria après l’alerte émise par Accra. « Ces Ghanéens en détresse avaient respecté la consigne de vigilance et maintenu le contact avec nos services diplomatiques », a-t-il déclaré. L’opération vise à garantir leur sécurité dans l’attente d’un retour à la normale.
Dans un message adressé lundi dernier à la nation depuis la présidence, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a condamné les violences perpétrées par des citoyens sud-africains contre les ressortissants africains. Il décrit les incidents comme des mouvements de protestation sociale liés au chômage et à l’insécurité. Il a aussi pointé du doigt l’immigration irrégulière comme un facteur clé de la hausse de chômage dans le pays. Pretoria assure que des enquêtes sont en cours et promet de protéger tous les étrangers sur son territoire.
Accra ne partage pas cette lecture. Le 6 mai, le Ghana a adressé une demande officielle à la Commission de l’Union africaine pour inscrire ces violences à l’ordre du jour de la réunion de coordination semestrielle prévue du 24 au 27 juin au Caire en Egypte. Le ministre Ablakwa a qualifié les attaques de « haine manifeste et de xénophobie sans fondement » lors de la Commission mixte Ghana-Sierra Leone à Accra.
Les incidents se sont intensifiés depuis fin mars 2026. Le Nigeria a enregistré au moins deux ressortissants tués en avril et organise le rapatriement de plus de 130 personnes. Le Botswana envisage de fermer sa frontière terrestre avec l’Afrique du Sud et de restreindre ses livraisons d’électricité. Le Mozambique et le Zimbabwe ont exprimé des inquiétudes similaires.
Le chômage, estimé à plus de 32% en Afrique du Sud, alimente les tensions. Les migrants africains sont régulièrement accusés de concurrencer la main-d’œuvre locale dans le petit commerce et le bâtiment. Si la situation dégénère, d’autres pays pourraient suivre l’exemple ghanéen.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU
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