Réunis à l’occasion de leur Congrès national, les délégués du parti Force cauris pour un Bénin Émergent (Fcbe) ont officiellement annoncé leur départ de l’opposition. Désormais, cette formation politique entend travailler aux côtés du nouveau président de la République, Romuald Wadagni, en intégrant la mouvance présidentielle. Une décision qui, loin de créer une brouille politique, ressemble plutôt à l’officialisation d’une réalité déjà connue de tous.
Le masque est enfin dévoilé. En vérité, le départ de la Fcbe de l’opposition n’a rien d’une surprise, car depuis plusieurs années déjà, ce parti politique donnait déjà l’impression d’évoluer dans la mouvance. Officiellement rangée dans l’opposition, la formation autrefois dirigée par Paul Hounkpè affichait pourtant des positions souvent empreintes d’entente avec le pouvoir en place. À plusieurs reprises, ses prises de position ont laissé croire qu’elle entretenait des relations privilégiées avec la mouvance présidentielle. Pour de nombreux observateurs avertis de la scène politique béninoise, cette annonce ne fait donc que confirmer ce qui existait déjà. La Fcbe semblait depuis longtemps jouer le rôle d’une opposition modérée, parfois silencieuse.
Pendant que Les Démocrates multipliaient les critiques contre le régime, la Fcbe dorlotait le pouvoir avec des déclarations qui laissaient voir une entente. Difficile dans ces conditions de parler aujourd’hui de départ de l’opposition. Les récents accords de coalition parlementaire et de gouvernance conclus à la veille des élections législatives et communales viennent davantage renforcer cette conviction. Ces rapprochements politiques démontrent clairement qu’entre la Fcbe et les partis de la mouvance présidentielle, le courant passait déjà depuis bien longtemps.
En décidant officiellement de rejoindre la mouvance, la Fcbe ne fait finalement que retirer le masque pour laisser voir son vrai visage. Là où cette actualité perd encore davantage de son caractère de surprise, c’est dans le poids politique réel de cette formation. Aujourd’hui, la Fcbe apparaît comme un parti affaibli. Malgré sa participation répétée aux différentes joutes électorales, le parti a eu zéro élu. Les résultats enregistrés lors de la présidentielle du 12 avril dernier ont d’ailleurs confirmé cette nullité avec un pourcentage très faible. Dès lors, son départ de l’opposition n’affecte pratiquement en rien l’équilibre des forces en présence. L’opposition béninoise ne perd pas une force politique décisive. En définitive, le départ de la Fcbe de l’opposition ressemble davantage à une régularisation administrative d’une proximité déjà assumée qu’à un véritable bouleversement politique. Un non événement, en somme.
Alassane Touré