Le président congolais Félix Tshisekedi a créé une onde de choc politique après avoir évoqué la possibilité d’un troisième mandat et un éventuel report des élections de 2028. Ses déclarations ont suscité une avalanche de réactions au sein de l’opposition congolaise, qui dénonce une menace ontre la Constitution.
La scène politique congolaise est entrée dans une nouvelle zone de turbulence. Lors d’une conférence de presse organisée mercredi 6 mai à Kinshasa, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a déclaré qu’il pourrait accepter un troisième mandat si « le peuple le demande ». Une sortie qui relance brutalement le débat sur une révision de la Constitution congolaise.
« Je n’ai pas demandé un troisième mandat, mais si le peuple veut un troisième mandat, je l’accepterai », a affirmé le président devant les journalistes. Il a toutefois précisé qu’un tel scénario passerait obligatoirement par une révision constitutionnelle approuvée par référendum.
La Constitution congolaise limite actuellement le président à deux mandats. Réélu en décembre 2023, Tshisekedi est donc censé quitter le pouvoir à l’issue de son mandat en 2028. Mais le président estime depuis plusieurs mois que la Constitution actuelle mérite d’être réformée, affirmant qu’elle aurait été rédigée sous forte influence étrangère.
Le président a également créé une autre polémique en évoquant un possible report des élections prévues en 2028 à cause de l’insécurité persistante dans l’Est du pays. « Si cette guerre ne peut pas être arrêtée, malheureusement nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028 », a-t-il déclaré, en référence aux combats contre les rebelles du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
L’opposition exprime son indignation
Parmi les premières réactions critiques figure celle de Delly Sesanga. L’ancien candidat à la présidentielle a dénoncé une dérive dangereuse du régime.
« La RDC ne peut pas entrer dans un nouveau cycle de tensions institutionnelles et de personnalisation du pouvoir », a-t-il écrit sur le réseau X. Il a appelé « tous les démocrates » à s’opposer à cette orientation politique.
L’opposant André Claudel Lubaya a lui aussi vivement réagi. Selon l’Associated Press (AP News), il accuse le président de se servir du conflit dans l’Est pour préparer son maintien au pouvoir. Il estime que Tshisekedi invoque « une prétendue volonté populaire pour justifier une intention frauduleuse ».
Cette déclaration est particulièrement sensible dans un pays encore marqué par la crise politique provoquée par le maintien prolongé au pouvoir de l’ancien président Joseph Kabila après 2016.
Autre réaction remarqué est celle de Seth Kikuni qui évoque une confrontation politique majeure. Sur X, l’ancien candidat à la présidentielle a averti que si Tshisekedi « menace de confisquer le pouvoir » en 2028, l’opposition n’aurait d’autre choix que « de franchir le Rubicon ».
Cette expression, très forte politiquement, laisse entendre la possibilité d’une confrontation ouverte contre une éventuelle modification des règles constitutionnelles.
Alors que le camp présidentiel prépare déjà des consultations sur une possible réforme constitutionnelle, le débat sur l’avenir politique de la RDC s’annonce houleux. Beaucoup d’observateurs craignent désormais que cette question du troisième mandat ne ravive les tensions institutionnelles et sociales dans un pays déjà fragilisé par les conflits armés et les divisions politiques.
Ezechiel Dagbégnon PADONOU