Depuis fin mars 2026, plusieurs provinces sud-africaines sont secouées par des manifestations anti-étrangers et des agressions ciblées. Malgré les appels au calme du président Cyril Ramaphosa, la situation reste tendue dans le pays.
Depuis fin mars 2026, l’Afrique du Sud fait face à une résurgence des violences xénophobes . Dans le Cap-Oriental, notamment à Albany et Buffalo City, des habitations de migrants ont été attaquées entre fin mars et début avril, provoquant des déplacements forcés. Le 18 avril, à Johannesburg, plusieurs commerces appartenant à des étrangers ont été vandalisés, certains incendiés.
Le 22 avril, à Pretoria, des groupes se réclamant de « Operation Dudula » ont mené des contrôles informels visant des migrants. Le lendemain, à Durban, des véhicules appartenant à des étrangers ont été incendiés lors de manifestations anti-immigration.
Parallèlement, plusieurs vidéos virales montrent des migrants, notamment ghanéens, harcelés et sommés de quitter le pays. L’un d’eux, résident légal, a été publiquement sommé de « rentrer chez lui » dans le KwaZulu-Natal.
Par ailleurs, des informations relayées sur les réseaux sociaux et reprises par certains médias locaux font état d’une attaque meurtrière dans un restaurant du Gauteng, où trois ressortissants étrangers auraient été tués. Si les circonstances exactes restent à clarifier, cet épisode a contribué à renforcer la peur au sein des communautés migrantes.
Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ces violences trouvent leur origine dans des tensions sociales anciennes, exacerbées par la pauvreté et le chômage.
Les ressortissants africains sont accusés de “voler les emplois”, de dominer le commerce informel, d’alimenter la criminalité et de peser sur des services publics déjà fragiles — des perceptions largement répandues, mais souvent déconnectées des réalités économiques.
Dans un pays où le chômage atteint 31,4 % selon les données officielles de Statistics South Africa, et dépasse les 40 % selon une définition élargie, les tensions sociales restent fortement alimentées par la précarité économique.
Alertes diplomatiques et crainte d’escalade
La situation a rapidement pris une dimension diplomatique. Le Ghana a convoqué le représentant sud-africain après ces incidents jugés « extrêmement préoccupants ».
Le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa a exigé des garanties de sécurité pour ses ressortissants et dénoncé des actes contraires à la solidarité africaine.
Accra a même procédé à l’évacuation d’un de ses citoyens, victime d’une attaque ciblée, tandis que sa mission diplomatique à Pretoria appelait ses ressortissants à éviter les zones de rassemblement et à fermer temporairement leurs commerces. Dans le Gauteng, de nouvelles manifestations annoncées fin avril ont accentué les craintes d’embrasement.
Le 27 avril, lors du Freedom Day, Cyril Ramaphosa a condamné les violences tout en reconnaissant les tensions liées à l’immigration clandestine.
Il a appelé à ne pas « détruire la fraternité africaine » héritée de la lutte contre l’apartheid, tout en promettant des poursuites contre les auteurs d’attaques.
Une violence enracinée dans le temps
Les événements récents s’inscrivent dans une trajectoire bien connue. Dès le milieu des années 2000, des violences sporadiques visant des migrants africains — en particulier zimbabwéens et somaliens — étaient signalées dans plusieurs localités.
En mai 2008, le pays a connu l’un des épisodes les plus meurtriers de son histoire contemporaine. Au moins 62 personnes ont été tuées et des dizaines de milliers d’étrangers déplacés, après des attaques parties de la banlieue d’Alexandra, à Johannesburg.
Sept ans plus tard, en 2015, une nouvelle flambée de violences, déclenchée dans la région de Durban, s’est étendue à Johannesburg. Au moins sept personnes ont été tuées, tandis que des centaines de commerces appartenant à des étrangers étaient pillés ou incendiés.
D’autres épisodes ont suivi, notamment en 2019, confirmant le caractère cyclique de ces violences dans un pays confronté à un chômage massif et à de profondes inégalités.
Malgré les condamnations répétées des autorités, la question de l’impunité demeure centrale. Les poursuites judiciaires restent rares ou peu visibles, alimentant un sentiment d’abandon chez les victimes et de tolérance implicite chez les agresseurs.
Dans un contexte où les frustrations économiques sont fortes, les migrants continuent d’être désignés comme des boucs émissaires. Et à chaque nouvelle flambée, le même scénario semble se répéter, sans réponse durable.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU