(Violences, guerres et dérives autoritaires s’intensifient dans le monde)
Réuni ce mardi 21 avril 2026 à Cotonou, Amnesty International Bénin a présenté son rapport annuel sur la situation des droits humains. Si le document met en lumière des tendances globales préoccupantes, il insiste particulièrement sur la dégradation de certaines libertés fondamentales au Bénin, entre restrictions de la liberté d’expression, montée de l’insécurité et persistance des injustices sociales dans le monde.
Le rapport 2025-2026 d’Amnesty International dresse un constat préoccupant de la situation des droits humains au Bénin. L’un des points les plus marquants reste la régression de la liberté d’expression et de la presse, illustrée par une série d’arrestations de journalistes, d’acteurs politiques et de voix critiques.
En effet, au cours de l’année écoulée, plusieurs professionnels des médias ont été interpellés, inculpés ou poursuivis pour des faits liés à la diffusion d’informations jugées sensibles. Des organes de presse ont également été suspendus, notamment pour publication d’articles critiques à l’égard des autorités. Ces décisions, souvent justifiées par des dispositions du Code du numérique, traduisent selon Amnesty International une instrumentalisation de la loi pour restreindre les libertés fondamentales. Cette tendance s’illustre aussi dans le classement mondial de la liberté de la presse, où le Bénin a reculé, passant de la 89e à la 90e place. Un signal jugé préoccupant par les défenseurs des droits humains, qui y voient une détérioration progressive de l’environnement médiatique.
Parallèlement, la liberté de réunion pacifique demeure sous tension. Amnesty International rapporte plusieurs cas d’interdictions de manifestations et de dispersions violentes de rassemblements, notamment ceux initiés par des partis d’opposition ou des organisations de la société civile.
Sur le plan sécuritaire, le nord du pays continue de faire face à des attaques de groupes armés. Entre janvier et octobre 2025, au moins 82 soldats béninois ont été tués lors d’attaques ciblées. Ces violences ont provoqué une augmentation significative du nombre de personnes déplacées.La majorité de ces populations vit dans des conditions précaires, avec un accès limité aux services essentiels tels que la santé, l’eau ou l’alimentation.
Autre point noir relevé par le rapport concerne les expulsions forcées dans les zones côtières. Pour Amnesty International, des milliers de familles, notamment dans certains quartiers de Cotonou, ont été délogées dans le cadre de projets d’aménagement, souvent sans indemnisation adéquate. À lui seul, un quartier a enregistré plus de 3 000 personnes expulsées depuis 2021, illustrant l’ampleur du phénomène. Les conditions de détention suscitent également des préoccupations. Amnesty évoque la surpopulation carcérale, les détentions provisoires prolongées et l’accès insuffisant aux soins pour les détenus.
Une crise mondiale des droits humains en aggravation
Au-delà du cas béninois, le rapport met en évidence une dégradation généralisée des droits humains à l’échelle mondiale. Amnesty International alerte sur une intensification des pratiques autoritaires, des conflits armés et des violations graves du droit international. Plusieurs puissances sont pointées du doigt. Les États-Unis sont accusés d’avoir mené des frappes ayant entraîné des exécutions extrajudiciaires, tandis qu’Israël est mis en cause pour la poursuite de violences massives contre les populations palestiniennes, malgré les appels internationaux à la désescalade.
La Russie, de son côté, a intensifié ses attaques contre des infrastructures civiles, aggravant les crises humanitaires dans les zones de conflit. En Asie, l’armée du Myanmar est accusée d’avoir mené des bombardements meurtriers contre des villages, causant la mort de civils, dont des enfants.
En Afrique, la situation reste également préoccupante. En République démocratique du Congo, les violences armées ont entraîné des exactions contre les populations civiles, tandis que le conflit au Soudan continue d’être alimenté par des ingérences extérieures et des livraisons d’armes. Le rapport souligne aussi l’impact croissant des crises économiques et climatiques sur les droits humains, ainsi que la réduction de l’aide humanitaire dans plusieurs régions du monde. À cela s’ajoute une utilisation de plus en plus agressive des technologies pour surveiller, contrôler et réprimer les populations.
Face à ces dérives, Amnesty International appelle à un sursaut collectif. L’organisation exhorte les États à respecter leurs engagements internationaux, à mettre fin aux violations et à renforcer les mécanismes de protection des droits fondamentaux.
En conclusion, le rapport 2025-2026 d’Amnesty International met en lumière une double réalité : celle d’un monde confronté à une crise profonde des droits humains, et celle d’un Bénin où certains acquis démocratiques semblent fragilisés. Entre défis sécuritaires, restrictions des libertés et injustices sociales, l’urgence d’actions concrètes s’impose plus que jamais.
Gildas AHOGNI