Depuis quelques jours, le dossier relatif à l’extradition du panafricaniste Kèmi Séba de l’Afrique du Sud vers le Bénin alimente débats, controverses et passions. Au cœur de cette affaire aux rebondissements politiques et judiciaires, deux voix s’opposent frontalement, celle du procureur spécial de la Criet, Mario Mètonou, et celle de l’avocat du prévenu, Juan Branco. Entre déclaration officielle et publication, une question demeure : qui dit la vérité ?
L’affaire de l’extradition de Kèmi Séba oppose deux camps avec des versions différentes. D’un côté, le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme se veut clair et catégorique. Selon Mario Mètonou, aucune demande formelle d’extradition n’a, à ce stade, été introduite par les autorités béninoises. En revanche, dans sa déclaration, il a affirmé avoir saisi les autorités judiciaires sud-africaines pour obtenir une arrestation provisoire de Kèmi Séba, sur la base de deux mandats d’arrêt internationaux. Cette démarche, précise-t-il, s’inscrit dans le cadre d’accusations graves : blanchiment de capitaux, incitation à la haine, apologie de crime, et implication présumée dans une tentative de déstabilisation des institutions de l’État.
À en croire le magistrat, la détention actuelle de l’activiste en Afrique du Sud découle donc directement d’une initiative béninoise, mais limitée à une demande d’arrestation provisoire en attendant d’éventuelles suites judiciaires. Une nuance importante, qui distingue juridiquement l’arrestation provisoire de la procédure formelle d’extradition. Mais en face, Juan Branco ne l’entend pas de cette oreille. Sur sa page Facebook, l’avocat affirme que le Bénin aurait bel et bien introduit une requête d’extradition auprès des juridictions sud-africaines. Mieux, il soutient que cette demande aurait été rejetée par la justice de Pretoria, au motif qu’elle ne respecterait pas les conditions légales requises.
Une déclaration qui, si elle est avérée, contredit frontalement la version du procureur spécial. Selon cette lecture, la première offensive judiciaire du Bénin se serait soldée par un échec. La détention provisoire de Kèmi Séba a donc pour objectif de vérifier son statut de migrant et son domicile. A terme, il pourra donc bénéficier d’une liberté sous caution ou non, une décision qui dépend de la justice sud-africaine. Toutefois, l’avocat laisse entendre que les autorités béninoises pourraient revenir à la charge avec une nouvelle requête, dans ce qu’il qualifie implicitement d’acharnement judiciaire.
Deux récits, deux vérités apparentes, et une opinion publique plongée dans le doute, car au-delà des divergences, ce sont des enjeux majeurs qui se dessinent. Dans un État de droit, une telle contradiction ne saurait prospérer sans clarification. Le peuple béninois, déjà éprouvé par les tensions politiques et les suspicions récurrentes autour des dossiers sensibles, est en droit d’exiger la lumière. Qui faut-il croire ? Le procureur, dépositaire de l’autorité judiciaire, ou l’avocat, défenseur engagé de son client ? Bien malin qui pourra répondre. Désormais, la balle est dans le camp des deux protagonistes. Mario Mètonou et Juan Branco sont attendus dans un exercice de vérité.
Alassane Touré