Entre le Mali et la Mauritanie, les tensions s’intensifient autour d’une frontière mal délimitée. Une série d’incidents récents met à l’épreuve une volonté d’apaisement pourtant affichée par les deux États.
Les tensions se ravivent entre le Mali et la Mauritanie. La « frontière de la discorde » entre le Mali et la Mauritanie s’impose désormais comme le principal foyer de tensions entre les deux voisins sahéliens. Elle s’étend sur environ 2 200 kilomètres, traversant des zones désertiques et semi-arides du Sahel. Toutefois, cette frontière reste partiellement mal matérialisée sur le terrain, ce qui favorise les incursions, les confusions territoriales et en fait aujourd’hui une véritable « frontière de la discorde ».
Le 25 mars, une patrouille des Forces armées maliennes (Fama) a pénétré dans des villages mauritaniens de la commune de Gogui, avant de se retirer sans affrontement. Dans cette zone où la démarcation reste floue, les militaires auraient exigé, en vain, le retrait d’un drapeau mauritanien d’une école.
Cet incident, loin d’être isolé, s’inscrit dans une succession de crises récentes. Le 20 mars, deux bergers mauritaniens ont été tués en territoire malien, suscitant une vive réaction de Nouakchott. Quelques jours plus tard, les autorités mauritaniennes ont affirmé avoir identifié cinq de leurs ressortissants parmi des victimes d’exactions attribuées à l’armée malienne près de la frontière.
Des tensions malgré les appels à l’apaisement
Ces événements interviennent pourtant dans un contexte où les deux pays avaient affiché leur volonté de renforcer leur coopération. Mais sur le terrain, la situation se dégrade. Nouakchott accuse régulièrement Bamako, ainsi que les soldats de Wagner aujourd’hui Africa Corps, de confondre civils mauritaniens et combattants jihadistes lors d’opérations militaires.
Côté malien, des sources sécuritaires évoquent des opérations antiterroristes menées dans des villages proches de la frontière, affirmant que « des terroristes ont été neutralisés ». Une justification qui ne convainc pas totalement en Mauritanie, où ces actions sont perçues comme des exactions répétées contre des civils.
Bamako avait évoqué la présence de militaires maliens détenus par des groupes jihadistes sur le sol mauritanien, notamment dans des zones accueillant des réfugiés. La Mauritanie a fermement rejeté ces allégations, les qualifiant d’infondées et réaffirmant son engagement dans la lutte contre le terrorisme.
Face à cette montée des tensions, la Mauritanie a officiellement exprimé sa « profonde inquiétude » et appelé le Mali à diligenter des enquêtes crédibles. Elle a également invité ses populations frontalières à la plus grande vigilance.
Une relation asymétrique sous pression
Malgré les crispations, la Mauritanie demeure un partenaire stratégique pour le Mali. Elle constitue un espace de stabilité relative dans une région en proie à l’insécurité, tout en accueillant des dizaines de milliers de réfugiés maliens fuyant les violences.
Environ 245 000 Maliens ont fui vers la Mauritanie selon les autorités mauritaniennes en 2025.
Parmi eux, plus de 120 000 vivent dans le camp de Mbera, principal site d’accueil situé près de la frontière.
En incluant les zones environnantes, près de 160 000 réfugiés sont enregistrés dans cette région frontalière, selon des données humanitaires internationales. Rien qu’entre fin 2025 et début 2026, plus de 10 000 nouveaux réfugiés supplémentaires ont été recensés après de nouvelles vagues de violence au Mali.
Alors que les tensions naissent souvent du côté malien, Nouakchott s’efforce de contenir l’escalade pour préserver l’équilibre régional. Dans un Sahel fragilisé, la gestion de cette « frontière de la discorde » apparaît plus que jamais comme un test pour la coopération entre les deux États.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU