À travers une lettre ouverte adressée au président de la République, Romuald Wadagni, l’Association des Jeunes Déclarants et Mandataires en Douane du Bénin (AJDMDB) tire la sonnette d’alarme sur les difficultés qui minent le fonctionnement du Port autonome de Cotonou. Elle dénonce des lenteurs, des coûts supplémentaires et des blocages qui, selon elle, menacent la compétitivité de la plateforme portuaire.
Le Port autonome de Cotonou serait-il en train de perdre progressivement son attractivité ? C’est l’alerte lancée par l’AJDMDB dans une lettre ouverte signée par son président, Marouf Salami. L’association estime que des dysfonctionnements internes compromettent les efforts déployés pour faire de Cotonou une plateforme privilégiée pour les échanges avec les pays de l’hinterland, notamment ceux de l’Alliance des États du Sahel (AES).
En effet, au cœur des dénonciations, les difficultés rencontrées par les camions. Selon les déclarants et mandataires, l’entrée d’un camion dans l’enceinte portuaire peut déjà nécessiter plusieurs relances. Une fois à l’intérieur, le véhicule pourrait attendre plusieurs jours avant son chargement. L’AJDMDB évoque des délais de quatre à cinq jours, voire davantage, notamment lorsque des navires sont à quai. Cette situation entraînerait également des pénalités de stationnement au-delà de 24 heures.
Des accusations contre le fonctionnement du terminal
L’association met également en cause la gestion des dossiers au niveau du terminal. Elle affirme que certains dossiers seraient volontairement laissés en attente alors que les formalités douanières ont été accomplies. Ces retards exposeraient les opérateurs à des frais de surestaries et de gardiennage qu’ils jugent injustifiés. Autre difficulté soulevée, le système SESUR. L’AJDMDB dénonce le blocage de cautions versées pour des véhicules en transit, lorsque les délais de sortie sont dépassés en raison des dysfonctionnements constatés.
L’association pointe aussi une contribution de 5 500 francs CFA destinée à la salubrité des voies inter-parcs. Elle s’interroge sur l’utilisation de cette somme, estimant que l’état des voies reste préoccupant.
L’AJDMDB réclame des mesures urgentes
Face à cette situation, l’association demande notamment le déblocage immédiat de la chaîne de positionnement des conteneurs, un moratoire sur les surestaries et le gardiennage pendant la période de crise, ainsi que la priorité au chargement des camions déjà présents sur la plateforme. Elle réclame également des mesures contre les facturations qu’elle qualifie d’abusives, le déblocage des cautions SESUR et la réinstallation du Comité de suivi du Port, avec une participation effective des transitaires et mandataires.
Pour l’AJDMDB, l’enjeu dépasse les seuls intérêts des professionnels : il s’agit de préserver la compétitivité du Port de Cotonou et la confiance des opérateurs économiques de la sous-région.
ASG
Lire la lettre ouverte au Chef de l’ Etat
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
MONSIEUR ROMUALD WADAGNI
Objet : Port Autonome de Cotonou : Le Cri de Cœur et de Détresse de Toute une Génération d’Acteurs Portuaires qui ne demande qu’à travailler
Cotonou, le 28 Septembre 2026
Monsieur le Président de la République,
C’est avec une profonde douleur, mais aussi avec un espoir immense placé en votre personne, que l’Association des Jeunes Déclarants et Mandataires en Douane du Bénin (AJDMDB), par ma voix, son Président Marouf SALAMI, a décidé de vous écrire cette lettre ouverte.
Nous ne vous écrivons pas pour nous plaindre. Nous vous écrivons parce que nous sommes au bord du gouffre. Parce que le Port de Cotonou, notre poumon national, notre fierté, le grenier de toute la sous-région, est en train de mourir à petit feu de l’intérieur.
Monsieur le Président,
Au moment où vous, avec un courage et une détermination que tout le peuple vous reconnaît, vous vous battez jour et nuit, vous voyagez à travers le monde pour vendre l’image du Bénin, pour dire que le Bénin est de retour, que le Bénin est une terre d’opportunités…
Au moment où nos frères du Niger, du Burkina Faso, du Mali, les pays de l’AES, malgré toutes les pressions géopolitiques, nous font CONFIANCE et continuent de choisir le Port de Cotonou comme leur porte d’entrée naturelle…
Et bien, Monsieur le Président, il y a au sein même de notre plateforme portuaire, des pratiques, des blocages, une lenteur organisée qui sont en train de SABOTER tout votre travail. Qui sont en train de DÉCOURAGER et de CHASSER tous ces clients que vous vous battez pour attirer.
Monsieur le Président, laissez-moi vous dire la vérité du terrain, la vérité que les rapports administratifs ne vous diront jamais.
- LE CALVAIRE DES CAMIONS : 5 JOURS POUR RIEN
Aujourd’hui, pour qu’un camion puisse entrer au Port et charger un seul conteneur, il faut une croix et une bannière. Il faut appeler, supplier, relancer le système 3 à 4 fois. C’est un parcours du combattant.
Et quand enfin, par miracle, ce camion entre à l’intérieur du Port, commence le pire : Il y passe 4 à 5 JOURS, parfois des SEMAINES entières, garé sous le soleil, sans pouvoir être chargé. Surtout quand il y a un navire à quai. On donne la priorité absolue au déchargement du navire et on oublie totalement les camions qui sont déjà à l’intérieur.
Monsieur le Président, quelle est la logique ? LA LOGIQUE ÉLÉMENTAIRE VEUT QU’ON LIBÈRE D’ABORD CE QUI EST DÉJÀ LÀ ! On charge le camion positionné et on le fait sortir pour désengorger le Port. Mais non !
Et le comble de l’injustice : Dès que le camion dépasse 24H à l’intérieur, la PÉNALITÉ tombe. On nous facture des pénalités de stationnement. On nous saigne. On saigne les transporteurs, on saigne les importateurs, on saigne l’économie béninoise. Comment voulez-vous qu’on soit compétitifs ?
- LE SCANDALE BÉNIN TERMINAL : LA FACTURATION DE LA HONTE
Monsieur le Président, c’est le cœur de notre douleur.
Un opérateur a fini toutes ses formalités douanières. Il a payé tout ce qu’il doit payer. Il ne demande qu’une seule chose : que son conteneur soit positionné pour être chargé.
Et là, on lui dit : « Attendez ». On le fait attendre exprès. Des dossiers sont LAISSÉS EN ATTENTE VOLONTAIREMENT pour faire tourner le compteur.
Et pendant qu’il attend, impuissant, BÉNIN TERMINAL lui facture des SURESTARIES et du GARDIENNAGE. On lui fait payer pour une lenteur dont il n’est pas responsable. C’est comme si on vous demandait de payer un loyer pour une maison où on vous empêche d’entrer.
Dites-moi, Monsieur le Président, quel opérateur peut survivre à ça ? Celui qui a 10 conteneurs ? Celui qui en a 20 ? Celui qui en a 50 ? Il va faire faillite ! Et c’est ce qui est en train d’arriver.
RÉSULTAT : Les clients nous le disent en face, les larmes aux yeux : « Marouf, on vous aime bien, mais on va quitter Cotonou pour Lomé et pour le Nigeria. Là-bas au moins, on nous respecte. »
Pourtant, géographiquement, nous sommes les meilleurs ! Nous sommes les plus rapides pour desservir le Sahel ! Allons-nous perdre cet avantage historique à cause de notre propre désorganisation ?
- LE CAS SESUR : LA DOUBLE PEINE POUR LES VÉHICULES
Monsieur le Président, permettez-moi d’ajouter le cas de SESUR qui est une autre injustice criarde.
Pour les véhicules en transit, SESUR nous demande de déposer une caution qui varie selon la gamme du véhicule. Nous avons un délai d’un mois après la sortie du véhicule pour récupérer cette caution.
Mais voilà : Le système est tellement bloqué au Port que les véhicules ne peuvent pas sortir à temps. On dépasse largement le délai d’un mois. Et la conséquence ? On ne peut plus entrer en possession de la caution déposée. L’argent reste bloqué.
Encore une fois, tout ceci est à la charge du client. Le client qui n’a jamais demandé à subir l’incompétence du système. C’est le client qui paie pour nos propres blocages internes.
5500frs salubrité voies inter parcs
Monsieur le Président de la République à la création du système Programme de Vérification et d’importation, il est a été créé une somme de 5500frs pour salubrité voies inter parcs.
Monsieur le Président de la République, sur le principe, nous sommes d’accord pour les voies propres. Mais dans la pratique, c’est un véritable calvaire pour les usagers !
On nous fait payer 5500frs par véhicule mais les voies inter-parcs restent impraticables, boueuses, embouteillées et très sales.
Les questions que nous nous posons est de savoir : Où va cet argent ? À quoi sert-il concrètement?
Monsieur le Président de la République Mr Romuald Wadagni, on ne peut pas demander aux usagers de payer pour la salubrité quand ce sont eux qui subissent l’insalubrité du système.
Monsieur le Président, nous avons écrit. Nous avons adressé des correspondances au Ministre de l’Économie et des Finances. Nous avons fait des copies à tous les Directeurs concernés. Toutes ces lettres sont restées sans suite. Silence radio.
- LE COMITÉ DE SUIVI : IL FAUT LE RESSUSCITER
Monsieur le Président, il existait un outil formidable : Le Comité de Suivi du Port. Vous en êtes vous-même le Président, avec le Ministre du Cadre de Vie chargé des Transports.
Dans ce Comité, à l’origine, avant l’arrivée au pouvoir du Président Patrice TALON, il y avait tout le monde autour de la table : La Douane, Bénin Contrôle, mais surtout, il y avait les hommes de terrain les transitaires, les mandataires, les maisons consignataires. Ceux qui vivent le Port au quotidien.
Aujourd’hui, Monsieur le Président, tous ces acteurs de terrain ont été écartés. Le Comité n’existe plus que de nom. Il ne se réunit plus. Il ne règle plus rien.
Monsieur le Président Romuald WADAGNI, nous vous supplions : Réinstallez ce Comité. Remettez les hommes de terrain autour de la table. Écoutez-nous. Nous sommes la solution, nous ne sommes pas le problème.
Monsieur le Président de la République,
Vous êtes aujourd’hui l’espoir des acteurs portuaires. Vous êtes l’espoir de tout le peuple béninois. Vous êtes l’espoir de toute cette génération de jeunes déclarants qui ne voit plus rien à l’horizon et qui ne demande qu’à travailler dignement pour son pays.
Le Bénin ne peut pas perdre le corridor Sahel à cause de blocages internes que nous pouvons régler en une semaine si nous avons la volonté.
C’est pourquoi l’AJDMDB formule ici ses EXIGENCES CLAIRES, FERME ET NON NÉGOCIABLES :
LE DÉBLOCAGE IMMÉDIAT de toute la chaîne de positionnement des conteneurs.
UN MORATOIRE TOTAL ET IMMÉDIAT sur toutes les facturations de surestaries et de gardiennage pendant toute cette période de crise.
LE RESPECT DE LA LOGIQUE PORTUAIRE : Un camion qui est entré doit être chargé et libéré en priorité.
DES SANCTIONS SÉVÈRES contre toute facturation abusive et tout blocage volontaire de dossiers.
LE DÉBLOCAGE DU SYSTÈME SESUR pour le remboursement immédiat des cautions véhicules bloquées.
LA RÉINSTALLATION URGENTE ET INCLUSIVE DU COMITÉ DE SUIVI avec la participation effective des transitaires et mandataires.
Monsieur le Président,
SAUVEZ LE PORT. SAUVEZ LES EMPLOIS. SAUVEZ LA CONFIANCE QUE L’AES A PLACÉE EN NOUS.
L’AJDMDB est debout. Nous restons debout. Et nous ne lâcherons rien. Pour un Port Autonome de Cotonou compétitif, fluide, et respectueux de ses usagers. Pour une Douane béninoise plus compétitive et plus humaine.
Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération et de notre indéfectible attachement à la République.
Pour l’Association des Jeunes Déclarants et Mandataires en Douane du Bénin (AJDMDB),
Marouf SALAMI
Président
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Enregistrée sous le numéro 2025/1462/MISP/DC/SGM/DAIC/SACC/SA
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