Le 28 août 2026 marque six mois depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran, à la suite des opérations américaines « Epic Fury » et israéliennes « Rising Lion ». Loin du champ de bataille, l’Afrique continue pourtant d’en subir les conséquences économiques.
Hausse des prix de l’énergie, inflation, pression sur les monnaies et renchérissement des engrais : le conflit s’est progressivement invité dans le quotidien des économies africaines. Le premier choc est énergétique. La fermeture et les restrictions de circulation dans le détroit d’Ormuz ont bouleversé le marché mondial.
Selon la Banque mondiale, le prix moyen du Brent pourrait atteindre 94 dollars le baril en 2026, soit 36 % de plus qu’en 2025, dans son scénario publié en juin. Mais l’évolution du conflit a continué de rendre les marchés très instables. Le 27 août, Reuters rapportait ainsi un Brent autour de 89 dollars, après de nouvelles inquiétudes sur l’absence de négociations entre Washington et Téhéran.
Pour l’Afrique, la dépendance énergétique est un problème majeur. Selon un document conjoint de la Commission de l’Union africaine, de la BAD, de la CEA et du PNUD, 80 % du pétrole importé par l’Afrique provient du Moyen-Orient, de même que près de la moitié des produits pétroliers raffinés. Le rapport estime que le conflit pourrait faire perdre jusqu’à 0,2 point de croissance au continent en 2026.
La hausse du diesel et de l’essence se transmet directement aux transports, à l’industrie et aux prix alimentaires. La situation est aggravée par la flambée des engrais, alors que de nombreux agriculteurs africains dépendent des importations. La Banque mondiale avertit que les tensions sur l’énergie et les fertilisants risquent d’alimenter une nouvelle poussée inflationniste dans les économies en développement.
Comment les pays africains ripostent
Face au choc, les gouvernements disposent toutefois de marges de manœuvre limitées. Certains cherchent à amortir la hausse à travers des mécanismes de stabilisation des prix ou des subventions, mais cette stratégie pèse lourdement sur les budgets publics. D’autres privilégient une diversification des fournisseurs et tentent d’accélérer la production et le raffinage locaux.
Au Nigeria, par exemple, le développement de la raffinerie Dangote apparaît comme un atout stratégique dans un contexte de perturbation des approvisionnements mondiaux. Reuters souligne que la guerre a renforcé l’intérêt économique d’une grande capacité africaine de raffinage, même si l’usine reste encore dépendante, en partie, du pétrole importé et des prix internationaux. La crise relance également le débat sur la transformation locale des ressources énergétiques et sur la réduction de la dépendance du continent aux marchés extérieurs.
Des producteurs africains aussi gagnants
La guerre n’a cependant pas produit que des perdants. Les pays producteurs de pétrole, comme le Nigeria, l’Angola, la Libye ou encore le Congo, peuvent bénéficier d’une hausse de leurs recettes d’exportation lorsque les prix restent élevés.
La BAD prévoit ainsi que l’Afrique centrale pourrait voir sa croissance atteindre 3,8 % en 2026, contre 3,6 % en 2025, notamment grâce au maintien de prix élevés du pétrole. La crise ouvre aussi de nouvelles perspectives pour les projets africains de gaz. Selon Reuters, les difficultés d’approvisionnement du Moyen-Orient ont renforcé l’intérêt économique du gigantesque projet de gaz naturel liquéfié en Tanzanie, estimé à environ 42 milliards de dollars. La Namibie, avec ses récentes découvertes pétrolières, pourrait également profiter de la recherche mondiale de nouvelles sources d’approvisionnement.
Mais ce gain reste relatif. Un État peut exporter du pétrole et, en même temps, subir une hausse du prix de l’essence ou du diesel importé. Six mois après le début de la guerre, l’Afrique apparaît donc divisée entre les opportunités offertes aux producteurs et une facture toujours plus lourde pour les pays importateurs et les populations.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU