Prendre un taxi-moto la nuit est devenu une source d’inquiétude pour certains usagers. Derrière le casque et la tenue de conducteur, des individus malintentionnés se fondraient dans la corporation pour dépouiller leurs passagers. Plusieurs témoignages mettent en lumière un phénomène préoccupant qui appelle à davantage de vigilance.
La nuit, le vrombissement des motos accompagne les derniers déplacements dans les rues de Cotonou, d’Abomey-Calavi et ses environs. Pour de nombreux Béninois, le Zémidjan reste le moyen le plus rapide pour rentrer chez soi. Mais lorsque le trajet se prolonge dans l’obscurité, la confiance peut rapidement laisser place à la peur.
En effet, dame Y raconte une mésaventure qui l’a profondément marquée. « J’ai pris zem dans la nuit et j’allais à Hêvié Houimin. En cours de route, le zem a pris un raccourci en me faisant croire que c’est très rapide », témoigne-t-elle. Une fois dans un endroit isolé, le conducteur aurait prétexté une panne d’essence avant de la gifler. Malgré ses cris, personne ne serait intervenu. Il aurait finalement emporté son sac, tandis qu’elle prenait la fuite. « C’est traumatisant pour moi », confie-t-elle.
Dame Gloria rapporte une expérience similaire dans la zone de Ouèdo. Selon son témoignage, le conducteur l’aurait menacée avec un couteau avant de lui prendre ses biens. Elle estime avoir eu de la chance de ne pas être blessée.
Des stratagèmes qui inquiètent
Les témoignages recueillis font également état de plusieurs méthodes qui seraient utilisées par certains malfaiteurs se faisant passer pour des conducteurs de taxi-moto. L’une d’elles consiste à conduire le passager vers une zone peu fréquentée avant de prétexter un manque d’essence ou un problème mécanique. Une fois le véhicule immobilisé, un ou plusieurs complices pourraient surgir pour dépouiller la victime.
D’autres témoignages évoquent également des situations dans lesquelles le passager serait confronté à des substances ou produits placés dans ou autour du casque, avec pour conséquence supposée une perte de vigilance, voire un malaise. Ces allégations, qui nécessitent d’être établies au cas par cas, renforcent néanmoins la nécessité pour les usagers de rester prudents face à des situations inhabituelles.
Le port d’armes blanches est une autre source d’inquiétude. Certains conducteurs malintentionnés gardent un couteau sur eux et s’en servent pour intimider leurs passagers. C’est précisément ce que rapporte Dame Gloria, qui affirme avoir été menacée avec une arme blanche dans la zone de Ouèdo.
Des conducteurs victimes de la méfiance
Ces actes, lorsqu’ils sont commis, ne jettent pas seulement l’opprobre sur leurs auteurs. Ils fragilisent également la confiance entre les usagers et l’ensemble des conducteurs de taxi-moto. Claude, conducteur de Zémidjan, constate cette méfiance croissante. « On voit des clients aujourd’hui qui se méfient vraiment de nous la nuit à cause des agressions créées par d’autres personnes de la corporation », explique-t-il. Pour éviter toute suspicion, il affirme désormais suivre l’itinéraire indiqué par son client.
Il faut toutefois se garder de généraliser. Tous les Zémidjan ne sont évidemment pas des agresseurs. Mais l’existence de conducteurs malveillants, qui pourraient utiliser leur activité comme couverture pour commettre des agressions, constitue un véritable sujet de préoccupation.
La prudence comme première protection
Face à ces risques, les usagers sont appelés à redoubler de vigilance, particulièrement la nuit. Éviter les trajets isolés, privilégier les conducteurs connus ou recommandés, partager son trajet avec un proche et rester attentif aux changements d’itinéraire peuvent contribuer à réduire les risques. Il est également préférable de ne pas accepter sans explication un détour vers une zone déserte. En cas de problème mécanique ou de prétendue panne d’essence, le passager peut demander à rester dans un endroit éclairé et fréquenté plutôt que de suivre le conducteur dans un lieu isolé.
La mobilité nocturne ne devrait pas devenir une épreuve. Mais face aux témoignages d’agressions et aux stratagèmes rapportés, la vigilance s’impose. Pour les usagers comme pour les vrais professionnels du taxi-moto, l’enjeu est le même : préserver la confiance et faire en sorte que le Zémidjan reste un moyen de transport, et non une source de peur.
Gildas AHOGNI