L’élection du bureau du Sénat, présidé par Patrice Talon, suscite une vive réaction du professeur Nathanaël Kitti, qui voit dans cette nouvelle institution une concentration des pouvoirs au Bénin. Pour le vice-président des Démocrates, le Sénat constitue une menace pour la séparation des pouvoirs et les libertés publiques. Dans une tribune , il accuse les acteurs ayant accepté d’y siéger de participer à la consolidation d’un système politique qu’il qualifie de « monopolistique ».
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Quoi dire de l’élection du bureau du Sénat?
(Professeur Nathaniel KITTI)
Ma position sur le Sénat exprimée publiquement depuis l’annonce de la loi de révision de la Constitution en 2025, n’a pas varié. Je ne suis pas un intellectuel organique. Les positions politiques ne déterminent pas ma réflexion. La science ne trompe pas quand la méthodologie est rigoureusement respectée. Montesquieu avait mis en garde contre la concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme ou dans une seule institution. C’est le fondement de la séparation des pouvoirs. Le Sénat concentre tous les trois pouvoirs au Bénin. Il est à la fois exécutif, législatif et judiciaire. Il est dangereux pour le pays mais également pour nos droits. Il est plus dangereux que le parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB). Par ordonnances nos droits seront arrachés par le Sénat. Le Bénin est devenu un État de police, un Talon Inc.
Je m’étonne que ceux qui m’ont mis le pied à l’étrier à l’université, les combattants contre le PRPB, les acteurs du renouveau démocratique etc décident d’y siéger. Ils pensent changer le cours de l’histoire. Ils n’y parviendront pas. Le contexte n’est pas le même. Certains d’entre eux y siègent la mort dans l’âme. Le Sénat n’est pas conçu dans l’intérêt général. Il l’est dans l’intérêt de son géniteur, qui le préside. Le président Patrice Talon a développé une boulimie du pouvoir et des finances qui ne lui permettait pas de partir sans être traqué par la justice. C’est pourquoi il a mis tout en œuvre pour écarter l’opposition des élections et des instances de délibération et instituer un monstre monopolistique qu’il dirige. Certains responsables et élus de l’opposition l’ont aidé pour atteindre son objectif. Ils l’auront sur leur conscience toute leur vie. Leurs droits seront arrachés par l’institution qu’ils ont créée. Seule la séparation des pouvoirs avec des institutions indépendantes peut arrêter la tyrannie.
L’ancien et nouveau président Patrice Talon baigne dans le conflit d’intérêt flagrant avec l’Etat depuis 2016. Sa famille et ses proches détiennent l’économie béninoise et contrôlent les régies de l’Etat à travers Bénin contrôle et les entreprises en prête-noms. Tous ceux qui siègent au Sénat sont des complices par aide et assistance dans la pérennisation d’un système qui chosifie les Béninois depuis 2016. Le président de la République élu est vidé de ses pouvoirs.
Le pouvoir n’est plus à la présidence de la République. Il est au Sénat. Son président est un président par scissiparité. Le président de la République n’est qu’un super ministre des Finances. Il est un président comptable ou président salarié du président du Sénat. Son titulaire s’est toujours contenté de ce rôle dans l’ombre de son chef.
Ce système est crisogène. Il faut s’en indigner. Aucun de ceux qui siègent au Sénat ne peut contenir l’élan dominateur de son président. Il est assisté dans le bureau, par ceux qui ont contribué à saccager l’édifice démocratique du Bénin depuis 2016. Ils répondront tôt ou tard devant le tribunal de l’histoire pour leur complicité dans la destruction du modèle démocratique du pays voulu et institué par le peuple au référendum du 2 décembre 1990. Selon John Locke, si le pouvoir politique abuse de sa force, le peuple garde le droit légitime de le renverser. 1789 en France, la révolution bolchevique, le printemps arabe, 2014 au Burkina Faso etc sont encore vifs dans les mémoires. Aucun tyran n’y échappera.
Le Bénin insoumis est mon slogan.
Professeur KITTI Hinnougnon Nathaniel,
Vice-président du Parti Les Démocrates.
Avocat au barreau de Paris.
Président de la coalition pour la bonne gouvernance en Afrique.