Le retrait officiel du Venezuela de la Cour pénale internationale (CPI), après ceux du Burkina Faso, du Mali et du Niger, marque une nouvelle étape dans les turbulences que traverse la juridiction de La Haye. À cette série de départs s’ajoutent les pressions croissantes des États-Unis, qui menacent désormais de fragiliser l’institution par une campagne diplomatique et financière contre ses activités.
Créée par le Statut de Rome de 1998 et entrée en fonction en 2002, la CPI avait pour mission de poursuivre les auteurs de génocide, de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et, plus récemment, du crime d’agression. Longtemps présentée comme le symbole de la lutte contre l’impunité, elle fait aujourd’hui face à une contestation sans précédent.
Les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) dénoncent une institution jugée sélective et politisée, accusée de concentrer ses enquêtes sur les dirigeants africains tout en restant prudente face aux grandes puissances. Le Venezuela a repris les mêmes arguments pour justifier son retrait, estimant que la Cour souffre d’un « biais géographique » visant principalement les pays d’Afrique et d’Amérique latine.
Cette crise de confiance est aggravée par les États-Unis, pourtant non signataires du Statut de Rome. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, Washington a renforcé ses sanctions contre plusieurs responsables de la CPI et menace désormais d’étendre ces mesures à l’institution elle-même. Le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé une « campagne diplomatique » destinée à décourager les États de coopérer avec la Cour, estimant que celle-ci menace les intérêts et la souveraineté des États-Unis ainsi que de leurs alliés. L’administration américaine envisage également de réduire son assistance à certains pays qui continueraient de collaborer avec la CPI.
Pour autant, parler d’une dissolution imminente de la Cour serait excessif. La CPI compte encore 125 États parties, parmi lesquels la quasi-totalité des pays de l’Union européenne, le Canada, le Japon et de nombreux États d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Ces dernières semaines, l’Union européenne a réaffirmé son soutien à l’indépendance de la juridiction, rejetant les tentatives américaines de la délégitimer.
La véritable menace est peut-être ailleurs. À mesure que les retraits se multiplient et que les grandes puissances contestent son autorité, la capacité de la CPI à exercer effectivement sa compétence s’amenuise. Sans coopération des États pour arrêter les suspects, exécuter les mandats ou financer son fonctionnement, la justice pénale internationale risque de perdre sa force dissuasive.
La CPI se trouve ainsi à un tournant de son histoire. Pour restaurer sa crédibilité, elle devra convaincre qu’elle applique le droit avec la même rigueur à tous les États, quels que soient leur poids diplomatique ou leur influence géopolitique. À défaut, les départs successifs pourraient nourrir un effet d’entraînement fragilisant durablement l’architecture de la justice internationale. Qui sait ? Peut-être qu’on assiste à une crise passagère de la justice internationale.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU