Au Bénin, de nombreux quartiers continuent de faire face à d’importants problèmes d’assainissement et d’aménagement. À quelques mètres d’un des axes les plus fréquentés du pays, les habitants de l’un d’eux vivent dans un environnement marqué par des voies dégradées, des eaux stagnantes et ce qui laisse entendre, pour les riverains, un profond sentiment « d’abandon »
Il s’agit de Sèdomey, un quartier de l’arrondissement de Godomey, dans la commune d’Abomey-Calavi. Situé à l’extrémité est de la lagune de la Route nationale inter-États (RNIE2), entre le pont Djonou et le grand portail de l’Université d’Abomey-Calavi, il offre un visage bien différent de celui que laisse entrevoir cet axe très fréquenté.
Pour s’y rendre, plusieurs accès sont possibles. En venant de Cotonou, il suffit d’emprunter la deuxième voie située juste avant le carrefour IITA. Dans le sens Akassato-Cotonou, l’entrée se trouve en face de la station-Ewell et de l’autogare de bus, à gauche. Les première, deuxième et troisième voies qui desservent cette partie du quartier mènent toutes au même constat : à mesure que l’on avance dans le quartier, les flaques d’eau remplacent progressivement la chaussée. Les voies, non aménagées, disparaissent sous les eaux après chaque pluie. Les caniveaux sont inexistants et l’eau stagne durant plusieurs jours, rendant les déplacements particulièrement difficiles.
En période pluvieuse, sortir de chez soi devient une épreuve. Pour passer d’une concession à une autre, les habitants sont souvent contraints de sauter d’un espace sec à un autre afin d’éviter les nombreuses mares d’eau. Les motocyclistes ralentissent, les piétons cherchent désespérément un passage praticable, tandis que certains préfèrent tout simplement rester chez eux en attendant que l’eau se retire.
Cette situation n’est pas sans conséquence sur le logement. Dans plusieurs concessions, l’eau s’infiltre jusque dans les habitations lors des fortes pluies. Face à cette réalité, certains propriétaires ont été contraints de revoir les loyers à la baisse afin de conserver leurs locataires. Les étudiants, attirés par ces loyers relativement abordables, s’y installent souvent sans mesurer les difficultés auxquelles ils seront confrontés une fois la saison des pluies installée. C’est le cas d’Isidore Monsia, étudiant en Lettres modernes : « En réalité, si j’ai choisi ce quartier, c’est parce que le prix de location était un peu abordable, aussi sa proximité avec le campus, et c’était dans l’urgence que j’avais pris la maison, vu que la rentrée était déjà là. Mais je ne savais pas que pendant la pluie, on aurait ce problème. Des fois, quand il pleut, l’eau entre dans nos maisons et, avec le temps, le propriétaire a dû revoir le prix. Mais pendant la saison où il ne pleut pas, on se sent un peu à l’aise », fait-il comprendre.
Des risques sanitaires qui préoccupent les riverains…
Au-delà des difficultés de circulation, les habitants s’inquiètent surtout des conséquences sur leur santé. Ces retenues d’eau favorisent la prolifération des moustiques et augmentent les risques de paludisme. Les herbes hautes et l’insalubrité de plusieurs espaces accentuent également les craintes des riverains. « Les moustiques sont partout pendant la saison des pluies. Nous vivons avec la peur des maladies, surtout pour les enfants », confie Maman Tobi, résidente du quartier. Pour Dorcas, que ce soit dans la journée ou la nuit, « la meilleure méthode pour limiter un peu les piqûres des moustiques, c’est de garder la porte toujours fermée et de rester toujours sous moustiquaire ».
Le danger ne s’arrête pas là. En effet, les mares qui se forment après les pluies deviennent aussi un risque pour les enfants, qui peuvent y glisser ou s’y noyer lors des fortes pluies. Les habitants redoutent également l’apparition d’autres maladies liées à l’insalubrité et à la pollution des eaux. « Dès qu’il pleut, nous avons du mal à circuler. Même sortir de chez nous devient compliqué. Nous espérons depuis des années des travaux d’aménagement », témoigne Françoise Hounkpatin, qui évoque également d’autres maladies comme la diarrhée et les infections.
Gros problème plus criard…
Outre les autres problèmes évoqués, celui qui reste le plus criard est l’accès à l’eau potable. La qualité de l’eau que consomment ces riverains n’est pas bonne. « Il est très difficile pour nous d’avoir accès à l’eau potable, car les rivières sont trop proches. Les quelques rares châteaux d’eau que nous avons tirent l’eau de la rivière », indique Cédric Tossou.
Pour Noris, étudiant vivant dans le quartier, à défaut de consommer cette eau, « je préfère prendre de l’eau en sachet, appelée communément « pure water » ».
Par ailleurs, interrogé sur la cause de cette situation, on peut comprendre que celle-ci s’explique par l’absence de caniveaux, le défaut d’un plan d’urbanisation et le manque d’infrastructures adéquates. À ce propos, Germain Djoumolo, chef du quartier, explique : « Les eaux de ruissellement en provenance d’Alègleta viennent chuter à Sèdomey. Avant, les inondations ne sévissaient pas autant, avant que le quartier ne soit proche de la rivière. »
Entre les déchets ménagers posés çà et là, partout, et autour des habitations coincées les unes contre les autres, c’est un autre cas à évoquer dans cette zone enclavée. Certes, Sèdomey est un quartier situé au bord de la lagune, il ne devrait pas faire l’objet d’un abandon, surtout avec sa proximité avec l’un des axes routiers les plus fréquentés. Mais jusque-là, Sèdomey donne le sentiment d’être oublié. « C’est comme si notre quartier n’existait pas sur la carte du Bénin », confie un habitant rencontré sur les lieux. Une phrase qui traduit le sentiment de résignation partagé par de nombreux résidents, lassés de vivre dans des conditions qu’ils jugent indignes.
Les populations ne réclament pourtant que des infrastructures de base : des voies praticables, un système efficace d’évacuation des eaux pluviales et un meilleur assainissement afin de vivre dans un cadre plus sûr et plus sain.


Alola BIAOU