À Djeffa, dans la commune de Sèmè-Podji, l’opération d’ouverture des voies engagée par la mairie contribue au développement de cette zone, à la mise en œuvre des projets d’électrification et la création des conditions d’un aménagement harmonieux du territoire. En revanche, le moment choisi pour sa mise en œuvre soulève de nombreuses critiques.
Depuis quelques jours, les engins sont à pied d’œuvre dans les villages de Djeffa pour procéder à l’ouverture des voies. Cette opération, qui intervient après plusieurs séances d’information et de sensibilisation entre les autorités communales et les populations, entraîne la démolition de nombreuses habitations érigées sur les emprises des futures routes. Le constat sur le terrain est triste. Des maisons démolies et les biens exposés aux intempéries. Pendant que certaines victimes passent leurs journées à vouloir sauver ce qui peut encore l’être, d’autres cherchent un abri pour protéger leurs enfants des fortes pluies qui s’abattent actuellement sur le sud du Bénin.
À la douleur de perdre un toit s’ajoute désormais l’angoisse de passer les nuits sous la pluie ou dans des conditions inadéquates. Selon plusieurs informations recueillies auprès des populations, plus de 3 000 dossiers de recasement sont en attente au niveau de l’arrondissement, sans évolution. Depuis près de trois ans, de nombreux habitants concernés par les opérations d’ouverture des voies ont déposé leurs dossiers dans l’espoir d’obtenir leurs parcelles recasées. À ce jour, ils attendent toujours.
Dans le déroulement normal d’une opération de libération d’emprises, le recasement des personnes concernées devrait se faire avant les démolitions. Les populations doivent savoir où elles iront reconstruire leur habitation avant d’être invitées à quitter les lieux qu’elles occupent. Agir autrement revient à les nuire avec toutes les conséquences humaines que cela implique. Il est clair que.les.nouvelles voies permettront une meilleure circulation, faciliteront l’installation des réseaux d’électricité et d’autres infrastructures de base. Néanmoins, le développement ne peut être synonyme de souffrance.
Lorsqu’une politique publique expose des centaines de familles à la pluie et à la précarité, il est important de revoir le calendrier d’exécution. La mairie de Sèmè-Podji gagnerait donc à suspendre temporairement l’opération jusqu’à la fin de la saison des pluies. Ce report permettrait aux populations de traverser cette période difficile dans de meilleures conditions tout en laissant le temps aux autorités communales, en collaboration avec les cabinets chargés du recasement, d’accélérer le traitement des milliers de dossiers toujours en instance. Ainsi, les habitants de Djeffa percevront ces travaux non comme une difficulté, mais comme le véritable point de départ du développement tant attendu de leur localité.
Mohamed Yèkini