En décembre 2020, à Londres, Gilles Amadou Acogny, cadre dirigeant international et conférencier polyglotte, s’est entretenu en anglais avec Nathalie Villette, aujourd’hui Première dame du Bénin. Au fil de cet échange riche en enseignements, la banquière d’affaires est revenue sur son enfance au Burkina Faso, son ascension dans la finance internationale, les obstacles rencontrés en tant que femme dirigeante ainsi que son engagement en faveur du leadership féminin, de l’éducation et de l’autonomisation des femmes.
Gilles Amadou Acogny : Comment allez-vous, Nathalie ?
Nathalie Villette : Très bien, vous savez.
Gilles Amadou Acogny : Excellent, excellent. Bonjour, je vous rejoins d’Égypte. C’est un plaisir de vous voir ici. Alors bienvenue à tous. Nous commençons dans une minute ou deux.
Nathalie Villette : Oui.
Gilles Amadou Acogny : Vous avez un très beau décor. J’ai remarqué que vous possédez de belles œuvres d’art. Apparemment, vous aimez la photographie.
Nathalie Villette : De la photographie, de la photographie en noir et blanc. Et voici quelques exemples. L’une vient d’Éthiopie, d’un ami qui y a vécu. Et l’autre est un dessin en noir et blanc, vous savez, d’un avion.
Gilles Amadou Acogny : Oui, excellent, excellent. L’art est essentiel. Sans art, que serions-nous ? Et surtout en cette période de confinement, j’ai discuté avec de nombreux artistes et les gens ont regardé des films, écouté de la musique.
Oui. Redécouvrir toutes sortes de choses d’un point de vue artistique. Donc. Oui, absolument.
Nathalie Villette : Je ne cesse de le répéter : une maison sans livres est une maison vide.
Gilles Amadou Acogny, Natalie a pour mission de veiller à ce que les entreprises clientes internationales opérant en Afrique puissent tirer parti des solutions financières, des solutions de financement, des produits bancaires transactionnels et de l’expertise locale qu’Ecobank offre à travers son vaste réseau panafricain.
Basée à Londres, elle dirige la division Global Corporate Coverage et travaille avec ses équipes en Afrique, en Chine, à Dubaï, à Londres et à Paris afin d’offrir le meilleur de la banque africaine à une clientèle d’entreprises et d’investisseurs toujours plus exigeante. Comme chacun sait, l’Afrique est un marché en plein essor. L’Afrique est une destination d’investissement privilégiée.
Originaire de France et du Burkina Faso, Natalie possède cette double identité, cette belle dualité qui lui ouvre les yeux sur le monde. Elle a grandi au Burkina Faso et y a effectué sa scolarité.
Avoir passé ses 17 premières années en Afrique de l’Ouest a largement contribué à son parcours professionnel et explique pourquoi elle travaille aujourd’hui pour Ecobank. Elle a débuté sa carrière chez Citibank Citigroup à Paris en 1998 en tant qu’analyste junior, avant de rejoindre Londres en 2000 pour intégrer le programme de formation d’analystes sélectif de la prestigieuse banque d’investissement UBS. Elle y a passé 13 ans, des années formatrices, sans doute, dans les domaines du levier financier et des acquisitions, de la finance, de la gestion de portefeuille, des prêts aux entreprises et des restructurations.
Natalie est passionnée par le leadership féminin et par la manière d’aider les jeunes filles à devenir des leaders fortes, bienveillantes et humbles dans tous les secteurs. Diplômée du programme Women on Board de la Harvard Business School, elle fait partie d’un réseau de femmes qui s’entraident pour développer leur influence dans le monde des affaires et la société.
Leur raison d’être est de contribuer à l’épanouissement des autres.
Natalie est particulièrement sensible aux enjeux du développement, notamment à l’impact de l’éducation financière, de l’éducation et de l’autonomisation des femmes comme catalyseurs de changement.
Elle est également directrice générale d’Ecobank au Royaume-Uni et a été nommée, en mars 2020, administratrice des filiales bancaires d’Ecobank en Afrique de l’Est. Comme je l’ai mentionné, Natalie est une ancienne élève de la Harvard Business School, où elle a obtenu son diplôme de management général en 2015.
Elle est également titulaire d’un diplôme d’études supérieures en ingénierie financière de l’Université Paris VIII et d’un master en économie de l’Université Paris Dauphine, l’une des meilleures universités dans ce domaine.
Nathalie, bienvenue. Nous sommes ravis de vous accueillir sur notre Instagram Live et vous allez être gâtés, mesdames et messieurs.
Nathalie Villette : Merci beaucoup, Gilles, et bonjour à toute la famille. Merci de m’accueillir et d’avoir pris le temps de nous rejoindre aujourd’hui.
Merci encore.
Gilles Amadou Acogny : Alors, commençons.
Nathalie Villette : Bien sûr.
Gilles Amadou Acogny : Vous avez une brillante carrière dans la finance, plus précisément dans la banque d’investissement, et vous travaillez actuellement entre l’Afrique de l’Ouest, la France, la Chine et le Royaume-Uni. Nathalie, quel est votre parcours ?
Nathalie Villette : Merci, Amadou. Gilles, je pense que oui. Mon parcours est fortement marqué par l’endroit où j’ai passé les 17 premières années de ma vie. J’ai grandi, comme vous l’avez dit, au Burkina Faso, à Ouagadougou. Ma mère est originaire de là-bas. J’ai donc grandi dans une famille métisse, entourée de nombreuses personnes, car mes parents prenaient soin de toute la famille de ma mère : frères, sœurs et cousins.
Je pense donc que le temps passé en Afrique, durant mes premières années, a profondément marqué la personne que je suis devenue. Ma mère a eu une grande influence sur moi. Je crois même qu’elle est la personne qui a le plus contribué à faire de moi ce que je suis.
Elle a dû quitter l’école à 11 ans pour s’occuper de ses frères et sœurs lorsque sa mère est devenue aveugle. Elle a grandi dans une famille très pauvre, confrontée à l’injustice et aux inégalités. Et je pense que ses propres difficultés ont profondément influencé sa façon de m’élever. Elle avait donc des attentes très élevées envers moi dans tout ce que j’entreprenais.
Je devais exceller. D’une certaine manière, c’était une bonne chose, car cela m’a préparée aux défis de la vie. Mais elle était très exigeante et pensait : « Tu as une maison, tu as à manger, et surtout, tu as l’amour de tes parents. La seule chose que nous attendons de toi, c’est l’excellence. » Vous savez, passer toutes ces années au sein de cette grande famille a été déterminant pour la personne que je suis devenue.
On partageait tout et c’était une vie pleine de joie et d’enthousiasme. En grandissant, en venant étudier en France et en intégrant mon premier employeur à Paris, je souhaitais initialement devenir économiste à la Banque mondiale, puis retourner en Afrique et y travailler.
Mais la vie en a décidé autrement. J’ai fini par m’installer à Londres. À l’époque, je voulais faire carrière dans la finance et Londres était vraiment l’endroit où il fallait être.
J’ai donc rejoint, comme vous l’avez dit, UBS. Ce furent treize années très difficiles, je dois le dire, mais très formatrices. On y entre comme analyste, au sein d’une promotion de jeunes recrutés dans le monde entier, et on est affecté à des équipes. C’était très intense et très compétitif.
Des journées interminables. Mais au final, on apprend énormément. On acquiert une certaine discipline et une grande rigueur dans la manière d’aborder les problèmes. Et encore une fois, je pense que c’était très formateur. Mon passage à Ecobank s’est fait tout naturellement. Vous savez, à un certain stade de sa carrière, on se demande quel est le sens de son travail, comment le rendre utile au quotidien. C’était donc une opportunité que j’ai accueillie avec enthousiasme, je voulais apporter ma contribution.
Travailler pour la banque panafricaine a été une expérience passionnante qui m’a permis de mettre à profit mes compétences et mon expérience pour contribuer à tout ce que nous faisons aujourd’hui dans nos 33 pays. Voilà, en résumé, mon parcours.
Gilles Amadou Acogny : Une carrière remarquable et des années formatrices.
Gilles Amadou Acogny : L’expérience. Il serait donc très intéressant, je pense, pour notre public et pour nous-mêmes, de partager quelques anecdotes – deux, trois, autant que vous le souhaitez – illustrant les défis rencontrés au cours de votre carrière et les opportunités que vous en avez tirées.
Nathalie Villette : Absolument. Il est intéressant de constater que les défis se transforment en opportunités. Les deux sont liés, et je pourrais vous donner deux anecdotes. Je me souviens de mon retour de congé maternité à mon poste dans cette banque internationale. J’étais la première femme à quitter mon poste puis à y revenir après avoir eu un enfant. Et j’ai réalisé au bout de quelques mois que les choses étaient très différentes pour moi au sein de cette équipe. Je n’étais pas impliquée dans les projets ou les transactions les plus intéressants. Lors de mon entretien annuel, le directeur général m’a demandé : « Pourquoi êtes-vous de retour au travail ? » Tu sais, tu devrais être à la maison à t’occuper de ton bébé. Pourquoi es-tu de retour ? J’ai été vraiment surprise, car à l’époque, c’était très tranché. Ce n’était pas bien vu, pour une jeune mère, de reprendre un travail à temps plein. C’était une période intense. Et je pense que ma carrière a un peu stagné, c’est certain. Finalement, cela m’a fait comprendre qu’il y a un temps pour tout dans la vie. Il faut savoir se ménager. Et si les choses ne vont pas dans le sens souhaité, ce n’est pas grave. Après tout, une carrière est faite de paliers, puis de progression, et il faut en tirer le meilleur parti. Une autre anecdote, concernant notre façon de travailler et le leadership, concerne un autre cadre supérieur qui m’a dit un jour qu’il détestait être entouré de stars. Nous travaillions sur un projet sur lequel un jeune collègue et moi avions beaucoup travaillé pour un client. Et il a dit : « Je ne veux pas être entouré de stars. » Cela m’a fait prendre conscience de l’impact de l’insécurité chez certains dirigeants sur notre façon de travailler.Et si l’on n’est pas suffisamment fort et résilient, on peut dérailler. Mais c’est finalement ce qui m’a poussé à me perfectionner, à apprendre et à poursuivre ma formation, ma formation de cadre.
Gilles Amadou Acogny : C’est tout à fait ça.Vous avez soulevé de nombreux points. Il y en a un sur lequel je tiens à insister, car je crois que nous ne sommes pas assez sensibles aux femmes, et surtout aux hommes.
Vous êtes revenue au travail après avoir eu un enfant, et vous souhaitiez naturellement reprendre votre rythme de croisière. Or, l’environnement créé par votre supérieur a rendu la situation gênante. Il vous a posé une question totalement déplacée, totalement inappropriée. Nous ne sommes pas assez sensibles à ce genre de choses avec les femmes. Et cela arrive tous les jours au travail.
Vos collègues ne se sont pas vraiment efforcés de vous aider à vous concentrer sur le projet principal. Je ne suis pas surpris, car c’est malheureusement fréquent, mais nous devons tous être plus sensibles à ce sujet. Excusez-moi d’insister sur ce point. Changeons de sujet. Vous venez d’être nommée sur la Powerlist de Londres. Félicitations. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Comment figure-t-on sur cette liste ? La liste des banquiers les plus influents, établie, je crois, par JP Morgan. C’est une liste prestigieuse. Alors, comment y êtes-vous parvenue ?
Nathalie Villette : Oui, très intéressant. En fait, je ne sais pas vraiment. J’ai été contactée cet été par quelqu’un de ce réseau qui souhaitait mettre en avant des cadres noirs sur cette liste. C’est là que j’ai compris qu’ils publient chaque année une liste de personnalités de tous les secteurs, afin de valoriser les cadres africains, afro-caribéens. Et je comprends. C’est formidable, surtout après tout ce qui s’est passé cette année. Pouvoir mettre en lumière des talents, ici à Londres, mais aussi dans le monde entier, est extraordinaire et, je l’espère, une source d’inspiration pour beaucoup.
Gilles Amadou Acogny : Absolument. Félicitations. C’est une excellente étape dans votre carrière. Parlons maintenant de prise de parole en public. Dans votre travail quotidien, vous êtes constamment en contact avec vos employés. Vous intervenez également lors de forums. Qu’est-ce qui, dans votre métier et vos activités, fait de vous une conférencière internationale ? D’où vous vient la confiance nécessaire pour prendre la parole en public ? Et comment captez-vous l’attention de votre auditoire ?
Nathalie Villette : C’est une excellente question. Au départ, je détestais parler en public ; c’est quelque chose qui m’est venu assez tard. Je n’étais pas vraiment à l’aise en public. Mais il est clair qu’avec l’expérience et les échanges avec les parties prenantes, internes ou externes, les clients, les conférences et les webinaires, on développe progressivement cette confiance. Et je crois fermement que c’est une compétence essentielle à acquérir. Mais fondamentalement, selon moi, deux éléments font la force d’un bon orateur. Le premier est l’authenticité. Je pense qu’il est primordial d’être en accord avec qui l’on est et le message que l’on souhaite transmettre. Il faut maîtriser son message. Et surtout, quelles sont les valeurs qui guident nos actions ? Et cette cohérence se ressent, je crois, dans la prise de parole en public. L’autre point essentiel, à mon avis, c’est le but. Au final, quand on s’adresse à un public, il est primordial de le connaître ou, du moins, d’adapter son message. Il est très important d’avoir une idée claire de ce que l’on souhaite transmettre pour aider les gens. Ce sont donc deux éléments fondamentaux.
Gilles Amadou Acogny : Excellent. Merci pour ces conseils. Au cours de notre conversation, vous avez mentionné avoir suivi le programme Women on Board de la Harvard Business School et les programmes généraux de cette école. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette expérience ?
Nathalie Villette : Oui, merci. Avec plaisir. Il y a sept ans, j’ai atteint un stade de ma carrière où j’ai senti le besoin de me préparer pour la prochaine étape. Et je n’étais pas sûr, vous savez, et un ami à moi avait suivi ce programme de gestion générale, un programme très complet destiné aux personnes venant de divers secteurs, leur permettant d’atteindre un niveau supérieur à leur domaine d’expertise. Je pense que nous sommes tous, à un certain degré, des leaders dans notre domaine et que, à un moment donné, nous ressentons le besoin d’une vision globale de notre entreprise. Nous avons besoin d’une compréhension approfondie de son fonctionnement et de sa stratégie. En résumé, où voulons-nous aller, comment, dans quel but et pourquoi, avec quel type de soutien ? C’est essentiel. Et, au final, cela permet d’adopter une approche multidisciplinaire du leadership. RH, innovation, gestion d’équipe : c’est fondamental. Innovation, leadership, quelles compétences sont nécessaires ? Je me suis donc inscrit à ce programme et il a considérablement enrichi mon expérience professionnelle. En côtoyant des personnes issues de divers secteurs – industrie pharmaceutique, gouvernance, marketing, arts –, on réalise que, finalement, nous sommes confrontés aux mêmes problèmes. Et c’est très intéressant de voir comment d’autres personnes, dans d’autres secteurs, parviennent à résoudre ces problèmes complexes. Cela a été une véritable révélation pour moi. Le deuxième programme que j’ai suivi il y a quelques années portait sur la gouvernance. Je tenais à bien comprendre comment la culture, l’éthique et l’intégrité influencent nos activités. Je pense que c’est particulièrement important dans certains secteurs et certaines régions. J’ai donc suivi à nouveau ce programme pour être sûre d’être bien préparée aux postes d’administratrice. Traditionnellement, ces postes sont pourvus par le biais de réseaux informels : on se recommande mutuellement. Ils sont rarement publiés et le processus est très opaque, ce pour quoi les femmes ne sont, à mon avis, pas vraiment préparées. Il est donc essentiel de savoir se présenter, d’expliquer la valeur ajoutée que l’on peut apporter à un conseil d’administration. Nous avons tous de la valeur à apporter, selon notre expérience, que ce soit en audit ou en finance. Une expérience géographique spécifique était primordiale. Cela permet également d’accéder à un réseau de personnes que l’on peut ensuite mobiliser.