Depuis l’arrivée au pouvoir du président Patrice Talon et la création de la Cour de Répression des infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET), plusieurs figures politiques, militants, syndicalistes, web activistes, journalistes et proches de l’opposition ont été condamnés à de lourdes peines de prison.Une accumulation de ces condamnations prononcées dans les principaux dossiers politico-judiciaires donne un total de 436 ans de prison. Entre prétendues luttes contre la corruption ou contre le terrorisme , la CRIET a battu un record inouï dans la repression de “voix critiques”.
C’est un record digne du Guiness des records. En dix ans, la CRIET a battu le record de condamnation de leaders politiques, journalistes et militants de partis politiques. Quatre cent trente six ans, c’est le cumul des peines prononcées ces dernières années par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) contre plusieurs personnalités politiques, militants de l’opposition, activistes, journalistes et anciens proches du pouvoir sous le régime de la Rupture.
En effet, créée en 2018 dans le cadre des réformes judiciaires engagées par le président Patrice Talon, la CRIET avait pour mission officielle de lutter contre les crimes économiques et le terrorisme. Mais au fil des années, la juridiction spéciale est devenue une cour de mise en oeuvre de la vendetta politique et instrument du clivage politique au Bénin. Pour les soutiens du régime, elle incarne la fermeté de l’État contre l’impunité. Pour ses détracteurs, elle représente plutôt un instrument de repression contre les voix dissidentes.
Parmi les dossiers les plus emblématiques figure celui du constitutionnaliste Joël Aïvo. Dans cette affaire, Joël Aïvo, Issiakou Boni Saré et Ibrahim Bachabi Moudjaidou ont chacun été condamnés à 10 ans de prison pour complot contre l’autorité de l’État, soit un total de 30 années. Le dossier de l’opposante Reckya Madougou, candidate du parti Les Démocrates à la présidentielle de 2021, reste également l’un des plus médiatisés. L’ancienne ministre a été condamnée à 20 ans de prison pour terrorisme. Dans la même affaire, le colonel Ibrahim Mama Touré, Georges Zimé Sacca et Bio Dramane Traoré ont également écopé de 20 ans chacun, tandis que Mohamed Gbassiré Mora a été condamné à 5 ans. Le dossier totalise ainsi 85 années de prison.
Dans l’affaire dite “Koutché”, l’ancien ministre des Finances Komi Koutché a été condamné à 20 ans de prison. Ses coaccusés Babanonla Edenakpo et Yves Koundé ont écopé de 7 ans chacun, portant le total du dossier à 34 années. Autre dossier retentissant : celui impliquant Olivier Boko, ancien proche du pouvoir, et l’ex-ministre des Sports Oswald Homéky. Les deux hommes, ainsi que Rock Niéri, ont chacun été condamnés à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État et complot, soit 60 années cumulées.
L’homme d’affaires et opposant Sébastien Ajavon totalise à lui seul 25 années de prison : 20 ans prononcés en 2018 dans une affaire de trafic international de drogue, puis 5 ans supplémentaires en 2021 pour fraude à la TVA. L’ancien maire de Cotonou Léhady Soglo a écopé de 10 ans de prison, tandis que Séverin Adjovi a été condamné à 7 ans. D’autres personnalités politiques ou sociales ont également été frappées par des condamnations. Le député Atao Hinnouho, Laurent Mètongnon et le député Sounon Bouko ont chacun été condamnés à 5 ans de prison. Les activistes et chroniqueurs Steve Amoussou, Valentin Djènontin, Jean Kpoton et Julien Kandé Kansou ont, eux, écopé de 2 ans chacun.
Ces condamnations concernent des infractions variées : terrorisme, provocation et participation à un attroupement armé, tentative d’atteinte à l’intégrité du territoire national, cybercriminalité, diffusion de fausses nouvelles, complot contre l’autorité de l’État, malversations financières ou trafic de drogue.
Il urge de souligner qu’en 2024, certains de ceux condamnés par la CRIET ont par la suite bénéficié de mesures de grâce présidentielle à travers le décret N°2024-1082 du 02 août 2024 signé par Patrice Talon. Mais malgré ces mesures d’apaisement, les critiques restent vives autour de la CRIET.
Au-delà des nombreuses réformes économiques et infrastructures réalisées sous la Rupture, plusieurs observateurs estiment qu’il ne faut pas fermer les yeux sur ces lourdes condamnations jugées par les uns comme “criardes” et “politiques”. Huit ans après sa création, la CRIET continue ainsi de diviser profondément l’opinion publique béninoise.
ASG