La création des postes de ministres conseillers par un décret signé du président de la République Patrice Talon n’a pas laissé indifférente l’opinion publique. Présentés comme des relais politiques chargés de porter la parole gouvernementale auprès des populations, ces acteurs, qui ne font pas l’unanimité, incarnent pour certains une innovation stratégique, et pour d’autres, un instrument assumé de communication politique, voire de propagande.
À quelques semaines de l’entrée en fonction du nouveau président élu, Romuald Wadagni, la question du maintien ou non de ces ministres conseillers se pose avec acuité. Le changement de locataire à la Marina ouvre inévitablement une phase de réajustement institutionnel et politique. Et dans cette dynamique, certains dispositifs hérités de la gouvernance Talon pourraient être remis en cause. Il serait malhonnête de nier que Romuald Wadagni porte une part de l’héritage du régime sortant. Artisan majeur de la politique économique durant la dernière décennie, il en est à la fois le continuateur et, potentiellement, le réformateur, car accéder à la magistrature suprême, c’est aussi imprimer sa marque et parfois rompre avec certaines pratiques jugées inadaptées au nouveau contexte.
Or, le rôle attribué aux ministres conseillers, essentiellement tourné vers la valorisation de l’action gouvernementale sur le terrain politique, pourrait se heurter à une nouvelle approche du pouvoir. Si le président Wadagni opte pour une gouvernance davantage axée sur la sobriété, la technocratie ou la décrispation politique, ces postes pourraient perdre de leur pertinence. La période de trêve politique qui s’annonce renforce davantage les interrogations. Dans un climat apaisé, où la confrontation politique est appelée à s’atténuer, quel serait encore le rôle de ces relais politiques ?
Leur mission, jusque-là orientée vers la défense active du bilan gouvernemental, trouverait-elle encore un sens dans un contexte moins conflictuel ? Au-delà de leur utilité, c’est également la question de la rationalisation de l’action publique qui est posée. Le maintien de ces postes devra être justifié non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan économique et administratif. À l’heure où les citoyens exigent plus de transparence et d’efficacité, toute fonction perçue comme bjdgetivore risque de cristalliser les critiques. En définitive, le sort des ministres conseillers apparaît comme un test révélateur de la gouvernance à venir. Romuald Wadagni choisira-t-il la continuité stratégique ou la rupture symbolique ? Les prochains mois apporteront sans doute des réponses. Mais une chose est certaine : dans le Bénin politique de demain, chaque choix comptera, et celui-ci ne fera pas exception.
Alassane Touré