La récente élection présidentielle du 12 avril 2026 n’a pas seulement consacré la victoire de Romuald Wadagni. Elle aura également mis en lumière un fait politique inédit marqué par le ralliement affiché de cinq centrales et confédérations syndicales à la candidature du candidat de la mouvance. Un choix stratégique qui, au-delà de l’instant électoral, soulève une interrogation essentielle : quel avenir pour le syndicalisme béninois sous ce nouveau régime ?
Traditionnellement perçues comme des contre-pouvoirs naturels, les organisations syndicales ont pour mission de défendre les intérêts des travailleurs. En apportant un soutien explicite à un candidat de la mouvance qui vient d’être élu président de la République, ces centrales ont franchi une limite qui interroge sur leur capacité future à incarner cette force de contestation. Il est vrai que sous les deux mandats de Patrice Talon, la dynamique revendicative s’est progressivement essoufflée.
Les grandes mobilisations sociales se sont raréfiées. Les quelques rares ont été sauvagement réprimées avec des interpellations des leaders syndicaux. Pendant près d’une décennie, la lutte syndicale a semblé perdre de sa vigueur, au point de devenir presque imperceptible. Cependant, avec l’avènement de Romuald Wadagni, le risque d’un affaiblissement encore plus marqué se profile. En effet, le soutien affiché par ces centrales traduit une adhésion assumée au projet de société du candidat devenu président. Dès lors, une question de logique se pose : comment dénoncer demain ce que l’on a cautionné hier ?
Ce positionnement fragilise d’avance toute posture revendicative. Les responsables syndicaux, liés politiquement à l’exécutif, pourraient se retrouver dans une situation d’inconfort, voire d’impuissance, face à d’éventuelles dérives ou insuffisances des politiques publiques. La liberté de ton et d’action, pilier du syndicalisme, risque de céder la place à une prudence calculée, sinon à un silence complice. Dans ces conditions, il apparaît de plus en plus probable que le syndicalisme béninois entre dans une période de crise prolongée sur l’horizon 2026-2033. Les travailleurs, quant à eux, pourraient en payer le prix fort. Faute de relais crédibles pour porter leurs revendications, ils seraient contraints de subir leurs conditions de travail sans véritable possibilité d’expression collective organisée.
Alassane Touré