Dans quelques heures, la communauté catholique célèbre la fête de Pâques. Véritable moment de réjouissances qui fait suite à la semaine sainte, il appelle à l’espérance, la crainte de Dieu à la passion du Christ. Dans une interview accordée à notre rédaction, le père Hermann Agboffo revient sur les attitudes à avoir en tant que fidèle chrétiens catholique.
Depuis dimanche dernier, la communauté chrétienne catholique a entamé la semaine sainte. Qu’est-ce qu’on doit comprendre par la semaine sainte et qu’est-ce qu’elle représente pour tous les chrétiens catholiques ?
Père Agboffo: La semaine sainte est la semaine au cours de laquelle l’Eglise catholique vit la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus et elle s’achève avec la célébration de la veillée, nuit de Pâques. Quand on parle de semaine sainte, on pense au moment le plus intense du temps de carême qui a pris son envol depuis le mercredi des Cendres et qui est en train de s’achever pour laisser place à la Résurrection du Christ. C’est la dernière semaine du temps de carême qui nous rappelle un peu le contexte dans lequel le Christ a été crucifié, mort sur la croix jusqu’à la résurrection. Ce sont les derniers moments de la vie Terrestre de Jésus jusqu’à sa Victoire sur la mort. Dans la nuit de Pâques, nous rentrons dans la joie de sa Résurrection. Et tout chrétien, autant que nous sommes, nous appelons à revisiter l’histoire de la vie terrestre du Christ. En la revisitant, nous revisiterons également notre propre vie afin de la réajuster dans le but de répondre à l’amour ce Dieu qui nous a aimé, en prenant notre nature humaine pour naître, a connu la souffrance comme nous et pour nous ; doit nous amener à nous poser cette question : « qu’est-ce que moi, je réponds à l’amour cet Amour du Christ ? ». Le Christ qui a vécu notre condition humaine en toute chose, excepté le péché, n’a rien épargné de son humanité ; rien de ce qui est humain ne lui a échappe. Si nous souffrons aujourd’hui, nous ne devons pas perdre de vue que le Christ notre Rédempteur nous a devancés sur le chemin de la souffrance, il a souffert. Cependant, il n’a pas laissé la souffrance le dominer, mais il l’a vaincu. En Lui et par Lui, le chrétien lui aussi est appelé à vaincre la souffrance. Sa Résurrection est le sommet de la manifestation de sa victoire sur toute souffrance, sur le mal et sur la mort. Le chrétien, en vivant la semaine sainte, est dans cette espérance.
Quelles sont les grandes étapes de cette semaine?
Père : Les grandes étapes de cette semaine sainte sont : déjà je voudrais nous rappeler que le dimanche, dans l’univers Biblique, est le premier jour de la semaine. Nous y avons célébré la fête des Rameaux et de la Passion de Notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Du lundi jusqu’au vendredi saint, le chrétien vit de manière plus intense la mortification de ses sens, en méditant sur les limites de sa vie , prend la décision avec le secours de la grâce divine à une conversion plus radicale afin de ressusciter avec Jésus dans une vie nouvelle. du lundi au mercredi sur certaines paroisses, on fait la célébration de la Parole, de l’eau et du pain. Mais particulièrement à partir du jeudi, la célébration est plus intense. On vit la messe chrismale. Dans notre diocèse, ici, nous avons eu cette Messe Chrismale le mercredi saint. Dans d’autres diocèses, selon les contextes, la célèbre le mardi et d’autres encore le jeudi, parce que c’est prévu normalement pour le jeudi matin, la Messe Chrismale. C’est une célébration au cours de laquelle tous les prêtres chrétiens et chrétiennes, les religieux et religieuses du diocèse se réunissent autour de leur évêque pour vivre un moment de communion ecclésial où les prêtres renouvellent leurs engagements sacerdotaux à leur évêque. Et ensemble avec l’évêque, ils célèbrent cette grâce du sacerdoce. Donc, nous avons vécu cette célébration le mercredi saint. Dans cette célébration, l’ordinaire des lieux procède à la bénédiction des huiles qui serviront à diverses célébrations tout au long de l’année sur les paroisses. Aujourd’hui, jeudi, c’est la célébration de la Sainte Cène. Cela ne se fait pas le matin, c’est plutôt le soir. C’est une grande célébration qui s’étend du jeudi jusqu’à la veillée pascale. La même célébration qui a commencé le jeudi, avec le lavement des pieds, s’achève la nuit de la résurrection. Donc, c’est un mouvement fort qui retrace les moments décisifs de la vie du Christ et aussi les moments décisifs de notre rédemption. Le Christ, qui a aimé les siens et qui était dans le monde les aima jusqu’au bout ( Jn 13,1) les a lavé pieds. Il s’est abaissé pour laver les pieds à ses disciples, c’est un geste d’humilité et d’effacement. Ensuite, Il a vécu le moment d’angoisse et de la souffrance dans le jardin des Oliviers. Et c’est là où il sera livré par Judas, c’est là où il sera pris par les soldats pour vivre ce que nous allons vivre le vendredi saint, comme le chemin de croix et la passion de notre Seigneur Jésus Christ. Cette passion qui est le moment de la glorification. Vous allez constater que le vendredi, la célébration ne commence pas avec les salutations liturgiques d’usage ordinaire. On commence en même temps avec les prière d’ouverture puis vient les lectures puis à la fin de la célébration il n’y aura pas de renvoi non plus pour dire, « allez dans la paix du Christ”. On se retire en silence car notre rédemption, notre espérance est allée au tombeau, mais nous savons qu’il ne va pas duré au tombeau, mais au moins en ce moment-là, il faut observer le silence pour mieux méditer. Car, la voie est perdue en attendant jusqu’au moment où notre espérance va jaillir du tombeau, c’est le moment de la résurrection. Le samedi saint, c’est le grand jour du silence. Ce silence qui a commencé le jeudi saint continue, le samedi saint, sur cette paroisse, les fidèles vont prier pour consoler la Vierge Marie. C’est pour méditer sur la douleur d’une mère qui a vu son enfant, qui a vécu la souffrance et la mort de son enfant jusqu’à son ensevelissement. Toute la journée, nous vivons ce silence-là jusqu’à la nuit, où on commence aussi la célébration veillée pascale. Cette dernière commence par la célébration de la lumière avec « l’Exultet ». Après les lectures vient le moment de l’annonce de la résurrection, et le chant de Gloria retentit avec le retour de la cloche qui s’est éteinte après le gloria du Jeudi saint. Et à partir de ce moment, nous rentrons dans une nouvelle vie, parce que notre espérance a jailli effectivement du tombeau. C’est un chemin de foi et d’espérance.
Pour réussir cette semaine, quelles sont les attitudes que tout chrétien doit avoir?
D’abord, déjà depuis le début du carême, tout bon chrétien prend des résolutions. Pendant ce temps de carême, je suis appelé à faire des efforts. C’est pour cette raison que le carême ne consiste pas seulement en des privations du repas, mais aussi et surtout le moment où je doit faire des efforts d’humanisation, pour devenir plus humain, plus chrétien. La semaine est la dernière période où nous ferons le point sur les résolutions prises et sur nos comportements, pour examiner les avancées puis nous relancer. C’est le temps de la contemplation de la vie de Jésus ; en revisitant la vie et l’histoire de Jésus, comment il a été trahi, nous voyons si nous nous retrouvons dans la peau de Judas ou dans la peau de Jésus-Christ. C’est un moment de vérité sur soi, un moment où chacun se reposition pour voir là où il se situe et comment se réajuster pour que la fête de la résurrection de Christ soit la résurrection effective pour nous dans notre engagement à la suite du Christ.
Revenons à la fête de Pâques, qui est en quelque sorte la finalité de cette semaine sainte. Quelle est la signification de cette fête?
La fête montre que Jésus s’est ressuscité et la souffrance humaine ou la souffrance chrétienne n’a pas son but ou sa fin dans la mort, mais au-delà de la mort. Le chrétien n’est pas celui qui doit craindre la mort, mais doit vivre chaque instant, chaque souffrance et même sa propre mort, comme une nouvelle vie. C’est pourquoi quand un chrétien meurt, on dit qu’il entre dans la vie. Ainsi, la mort devient le pont par lequel on entre dans la vie éternelle. À partir de la résurrection du Christ, nous ne regarderons plus la mort comme une fin avec la peur, mais nous la regarderons comme le lieu de notre espérance, notre passage obligatoire pour entrer dans la vie éternelle.
Quel conseil avez-vous à donner justement aux fidèles chrétiens pour mieux vivre cette fête?
Père : En terme de conseil, nous demandons à chacun et à chacune, disciple du Christ de se repositionner pour faire la vérité sur sa vie, afin de rétablir le sens et l’impact de Jésus-Christ Christ dans sa passion, sa mort et sa résurrection sur sa propre vie. Le chrétien doit répondre à cette question essentielle: «est-ce que ma vie en tant que chrétien aujourd’hui répond à cet amour de Jésus qui m’a aimé jusqu’à donner sa vie pour moi? ». Si cela ne répond pas, il est encore temps aujourd’hui de se réaligner pour vivre en tant que chrétien ressuscité parce qu’être chrétien, ce n’est pas seulement aller à la messe, mais c’est toute notre vie, c’est tout notre quotidien qui doit refléter ce que nous sommes. Donc, chrétien, pour vivre ce temps de la résurrection, il faut que nous mourions à nous-mêmes, à nos intérêts personnels, à nos bassesses et surtout à nos méchancetés, pour pouvoir ressusciter avec le Christ dans le bien, dans l’amour et surtout dans la grâce de Dieu.
Propos recueillis par Mohamed Yèkini