Quand le nom du président Yayi Boni résonne dans les bouges il ne s’agit plus seulement d’un souvenir, mais d’un drapeau brandi par ceux qui savent comment manipuler l’émotion pour capturer le pouvoir.
On le crie comme un cri de ralliement, un talisman électoral, un passeport vers la légitimité. Mais derrière ce nom, Boni Yayi ne reste plus qu’un homme isolé, traqué, réduit à l’état de symbole un fantôme politique, dont les droits sont bafoués, dont la dignité est piétinée, dont la voix est étouffée par les murs d’un système.
Le paradoxe est cruel : on l’élève pour le détruire, on l’idolâtre pour l’humilier, on l’invite à la table pour l’exclure du droit à la vie. Ce n’est pas un hasard si, dans les moments de crise politique, le nom de Yayi devient soudainement sacré. Il est sorti du placard comme un outil de manipulation, un levier pour capter l’électorat, un argument de campagne. Pendant les élections, on le fait surgir comme un héros de la mémoire collective, pour convaincre les Béninois que le parti au pouvoir est le seul capable de « protéger » ce qu’il reste de son héritage.
Mais une fois le vote compté, le silence retombe. Le nom est rangé, le personnage est oublié. Et l’ancien président, qui a servi son pays avec une certaine rigueur, se retrouve sans accès à ses droits fondamentaux : pas de soins médicaux, pas de sécurité, pas de justice.
Ce n’est pas seulement une affaire de politique. C’est une tragédie morale. Une société qui utilise un homme comme Yayi pour ses propres fins, puis le rejette comme un objet usé, perd sa propre âme,mais le président Yayi Boni a dit clairement qu’il ne siégerait pas au Sénat, qu’il voulait du repos, qu’il ne voulait pas devenir un pion dans les jeux d’un pouvoir.
Pourtant, on continue à le traîner dans la boue, à le faire passer pour un ennemi, alors qu’il n’est qu’un homme fatigué, un ancien chef d’État qui a fait son temps et qui, aujourd’hui, n’a même plus le droit de vivre en paix.La réalité est plus sombre qu’un simple échec de dialogue.
Les proches du président Yayi affirment que depuis des années, il n’a jamais pu jouir de ses droits civiques, bloqué par un parlement qui, en théorie, devrait le protéger. C’est une ironie cruelle : un homme qui a été élu démocratiquement, qui a été reconnu par la communauté internationale, est aujourd’hui réduit à l’état de paria. On le traite comme un criminel, alors qu’il n’a jamais été condamné. On le traque comme un ennemi, alors qu’il n’a jamais menacé personne. On le tue lentement, par omission, par silence, par isolement.
Le nom de Yayi n’est pas un outil de propagande. Mais un rappel de ce que peut être une démocratie authentique : un espace où les anciens chefs d’État ne sont pas des cibles, mais des figures de mémoire. Où les droits ne sont pas des marchandises à échanger, mais des garanties sacrées. Alors, combien de temps encore allons-nous laisser ce jeu de dupes continuer ? Combien de temps encore allons-nous permettre à la politique de devenir un théâtre de l’humiliation, où les anciens héros deviennent des victimes ?