Dix ans après l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon, le bilan social suscite de vives inquiétudes. Entre hausse continue du coût de la vie, fermeture d’entreprises et montée du chômage, une frange importante de la population peine à ressentir les effets des réformes économiques engagées.
Au Bénin, la décennie 2016–2026 restera marquée par de profondes mutations économiques. Toutefois, sur le plan social, le ressenti des populations apparaît de plus en plus préoccupant. Le renchérissement des denrées de première nécessité constitue aujourd’hui l’une des principales sources de mécontentement. Le prix du maïs, du riz, de l’huile ou encore du gari a connu une hausse progressive durant certaines années, affectant directement le pouvoir d’achat des ménages, notamment les plus vulnérables.
À cette inflation alimentaire s’ajoute celle des services essentiels. L’eau potable et l’électricité, deux besoins fondamentaux, ont vu leurs coûts augmenter de manière significative au fil des années. De nombreux ménages dénoncent des factures jugées élevées, malgré les efforts de modernisation du réseau. La connexion internet, devenue indispensable dans une économie numérique, reste également coûteuse pour une large partie de la population, limitant l’accès aux opportunités économiques et éducatives.
Parallèlement à cette pression sur le coût de la vie, le tissu économique béninois a connu d’importantes restructurations. Depuis 2016, plusieurs entreprises publiques et semi-publiques ont fermé leurs portes ou ont été privatisées. Ces fermetures ont entraîné la suppression de milliers d’emplois. Des structures emblématiques, autrefois pourvoyeuses d’emplois stables, ont disparu, laissant de nombreux travailleurs sans activité. Le secteur privé n’a pas été épargné. Des entreprises appartenant à des figures économiques majeures comme Sébastien Ajavon ou d’autres acteurs influents ont été confrontées à des difficultés, voire à des fermetures. Des sociétés telles que la Sonacop ou la Sonapra ont connu des transformations profondes, avec des impacts directs sur leurs effectifs. Ces bouleversements ont contribué à une montée progressive du chômage, particulièrement chez les jeunes.
Selon diverses analyses économiques, le taux de chômage et de sous-emploi reste élevé, malgré les statistiques officielles parfois plus nuancées. Le phénomène touche aussi bien les diplômés que les travailleurs peu qualifiés, accentuant la précarité et les inégalités sociales.
Face à cette situation, le gouvernement a mis en avant plusieurs initiatives visant à relancer l’économie et à créer des emplois. L’un des projets phares reste la Zone industrielle de Glo-Djigbé, présentée comme un moteur de transformation industrielle. Cette zone a permis la création de milliers d’emplois, notamment dans le textile et la transformation agricole.
Cependant, de nombreux observateurs estiment que ces emplois, bien que réels, ne suffisent pas à compenser les pertes enregistrées dans d’autres secteurs. De plus, la GDIZ est souvent perçue comme une industrie tournée vers l’exportation, avec une faible intégration dans le tissu économique local. Ainsi, son impact sur la consommation intérieure et la réduction du chômage reste limité. Dans la même dynamique, l’émergence de marchés modernes à travers le pays vise à restructurer le commerce et à offrir de meilleures conditions aux commerçants. Ces infrastructures modernes participent à l’assainissement du secteur informel et à la dynamisation des échanges. Néanmoins, leur accessibilité financière constitue un défi pour certains petits commerçants, habitués aux marchés traditionnels.
Pour atténuer les effets de la vie chère, certaines mesures gouvernementales ont été mises en place, notamment des subventions ponctuelles, des contrôles de prix ou encore des programmes sociaux. Mais ces actions peinent à contenir durablement la hausse des coûts, en grande partie liée à des facteurs externes comme les crises internationales et la fluctuation des prix des matières premières.
Au terme de ces dix années, le contraste est frappant entre les avancées économiques structurelles et le vécu quotidien des populations. Si les réformes engagées ont permis d’améliorer certains indicateurs macroéconomiques, elles n’ont pas encore produit les effets escomptés sur le plan social.
Le défi pour les années à venir sera donc de concilier croissance économique et justice sociale, afin que les fruits du développement soient davantage partagés. Car pour une majorité de Béninois, le sentiment dominant reste celui d’un pouvoir d’achat en recul et d’un avenir incertain.
A S G