Le Bénin a réalisé ces dix dernières années, des résultats satisfaisants dans le domaine de la transparence budgétaire. Pourtant, c’est pendant cette même décennie qu’émerge dans les affaires publiques des contrats public-privé entourés de grande opacité. Bien que ces contrats ont privé l’Etat d’un pan important de sa souveraineté, ils demeurent des mystères pour le Béninois lambda.
Le régime du Président Boni Yayi avait adopté le décret N°2015-035 du 29 janvier 2015 portant Code de transparence dans la gestion des finances publiques en République du Bénin. Mais c’est sous la gouvernance du Président Talon que le pays a récolté les lauriers de cette disposition légale. Dans un communiqué publié le 31 mai 2022 par le Ministère de l‘Economie et des Finances, le gouvernement se félicite d’être le champion d’Afrique de la transparence budgétaire. « L’organisation internationale « International Budget Partnership » a publié ce mardi 31 mai 2022 les résultats de sa 8ième enquête mondiale sur le budget ouvert « Open Budget Survey » au titre de l’année 2021. Par cette enquête, l’organisation a évalué la performance de 120 pays participants sur les trois (03) piliers essentiels de la gouvernance et de la responsabilité budgétaire à savoir : (i) la transparence budgétaire ; (ii) la participation du public au processus budgétaire et (iii) le contrôle budgétaire. Sur chacun des trois piliers, le Bénin affiche une nette amélioration de sa performance par rapport à l’enquête précédente en 2019, permettant à notre pays de se hisser à la 2ième place (6ème en 2019) des pays africains ayant les meilleures pratiques en matière de transparence budgétaire, après l’Afrique du Sud, avec la notation de 65/100 (49/100 en 2019) derniers classements octroyés au Bénin dans le domaine de la transparence budgétaire », lit-on dans ce communiqué
Seulement, cette prouesse laisse quelques tâches noires. Il s’agit de ces contrats opaques jamais élucidées par le gouvernement. Comment peut-on clamer être champion en transparence et entretenir des contrats occultes au nom du gouvernement ? Pourtant, c’est ce que le gouvernement a fait concernant certains contrats dit de gestion ou de location gérance. Deux retiennent notre attention. Il s’agit du contrat de gestion signé avec le port d’Anvers en Belgique pour la gestion du Port Autonome de Cotonou et celui avec African Park pour la gestion du parc nationale de la Pendjari.
Au port de Cotonou, sans aucune discussion avec les travailleurs, ni les syndicats, le gouvernement a pris la décision en 2018 de confier sa gestion aux Belges du port d’Anvers. Mais ce contrat dit de gestion n’a jamais été vu, ni par les travailleurs, ni par les citoyens Béninois en dépit du plaidoyer des organisations de la société civile pour exiger du gouvernement la publication dudit contrat. Selon des sources confidentielles, ledit contrat aurait été tiré en deux copies dont une est remise au gouvernement Béninois.
Ce contrat ressemble comme deux gouttes d’eau à celui entre l’association sud-africaine African Park et le gouvernement pour la gestion du parc de la Pendjari. Il avait été dénoncé par le syndicat des agents des Eaux, Forêts et Chasses pour des dispositions très peu favorables au gouvernement. Mais au lieu de publier ce contrat, le gouvernement a décidé de punir celui qui l’a dénoncé. Depuis près de dix ans, ces contrats opaques sont toujours en exécution pour des intérêts qui paraissent plus égoïstes que patriotiques.
