Depuis l’avènement du renouveau démocratique consacré par l’instauration de la loi n° 90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin, l’épineuse question de la révision constitutionnelle a toujours occupé une place sensible dans la vie politique nationale et des citoyens. Si pendant leurs mandats, Mathieu Kérékou et Boni Yayi n’ont pas pu beaucoup toucher à cette loi fondamentale, Patrice Talon a réussi deux fois sur cinq à la modifier entre 2016 et 2026 ; ce qui fait de lui le président qui a battu les records.
De 1990 à 2025 soit pendant 35 années, la Constitution n’a jamais été autant modifié si ce n’est pas entre 2016 et 2025 soit au cours des deux mandant de Patrice Talon. En effet, durant les décennies qui ont suivi, les approches vis-à-vis de cette loi fondamentale ont varié selon les régimes. Sous le président Mathieu Kérékou, revenu au pouvoir après la Conférence nationale, aucune modification de la Constitution n’a été opérée. Une posture qui traduisait une certaine prudence politique face à un texte considéré comme l’essence du renouveau démocratique béninois. La décennie suivante, marquée par le pouvoir de Boni Yayi (2006-2016), n’a enregistré qu’une seule révision de la Constitution. Malgré quelques tentatives de réformes plus profondes, le consensus politique n’a pas toujours été au rendez-vous, bloquant ainsi les modifications de ce texte fondamental.
En revanche, l’ère de Patrice Talon apparaît comme celle de tous les records en matière de tentatives de révision constitutionnelle. Entre 2016 et 2026, pas moins de cinq initiatives ont été engagées, soit à l’initiative du gouvernement, soit sur proposition de l’Assemblée nationale. La première tentative remonte au 4 avril 2017. Elle visait notamment à instaurer le mandat présidentiel unique de six ans, mais faute d’accord suffisant (60/83 députés), le projet a échoué. Plus d’un an après soit en juillet 2018, une nouvelle tentative est engagée toujours avec un échec. C’est en 2019 que le pouvoir de Patrice Talon parvient finalement à faire adopter une révision de la Constitution. La loi n° 2019-40 du 07 novembre 2019 portant révision de la loi n° 90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin introduit plusieurs réformes institutionnelles majeures notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux, et à trois celui des mandats législatifs. Une quarantaine d’articles ont été modifiés en un temps record par les parlementaires et la création d’un poste de vice-président élu en duo avec le président de la République à la majorité absolue des suffrages lors d’un scrutin à deux tours.
Deux autres tentatives
Les initiatives continuent de s’enchaîner. Le 2 mars 2024, une nouvelle tentative échoue à l’Assemblée nationale en raison de la non-atteinte de la majorité qualifiée requise avec 71 voix pour et 35 contre. Enfin, le 15 novembre 2025, une nouvelle révision est adoptée, quelques mois seulement avant la fin du mandat présidentiel. Cette dernière modification introduit des changements d’envergure, notamment l’instauration du septennat pour les mandats présidentiel, législatif et communal, ainsi que la création d’un Sénat. Des réformes qui retracent l’architecture institutionnelle du pays. In fine, les deux révisions réussies, intervenues en 2019 et en 2025, ont engendré d’importantes mutations institutionnelles impliquant une nouvelle ère constitutionnelle. Ainsi, depuis 1990, Patrice Talon s’impose comme le président ayant le plus marqué la Constitution béninoise, tant par le nombre de tentatives engagées que par la taille des réformes introduites. Un activisme constitutionnel qui au lieu de coup d’accélérateur à la démocratie, a carrément fait reculer le pays au plan institutionnel avec certaines mesures très controversées et décriées. Cela a négativement contribué à l’impasse politique dans laquelle se trouve actuellement.
Alassane Touré