Depuis 2016, le Bénin a profondément transformé son système électoral sous la présidence de Patrice Talon. Entre réformes ambitieuses, scrutins contestés et retour partiel du pluralisme en 2023, le pays offre un bilan contrasté où stabilité institutionnelle et inclusivité politique ne semblent pas toujours aller de pair.
Arrivé au pouvoir en 2016 à l’issue d’une élection saluée pour son ouverture et sa compétitivité, Patrice Talon incarnait alors une alternance démocratique réussie. Opposé à Lionel Zinsou au second tour, il l’emporte avec plus de 65 % des suffrages, dans un scrutin jugé globalement transparent. Ce premier rendez-vous électoral de l’ère Talon s’inscrit dans la continuité de la tradition démocratique béninoise, longtemps considérée comme un modèle en Afrique de l’Ouest.
Mais dès les années suivantes, une série de réformes électorales va profondément redessiner le paysage politique. Entre 2018 et 2019, de nouvelles règles sont introduites, notamment l’instauration d’un seuil de représentativité nationale et des exigences administratives renforcées pour les partis politiques. Ces mesures, présentées par le pouvoir comme un moyen de rationaliser le système partisan, auront pour effet immédiat de réduire drastiquement la participation de l’opposition.
Les législatives de 2019 marquent ainsi une rupture majeure. Pour la première fois depuis le renouveau démocratique, aucun parti d’opposition ne participe effectivement au scrutin. Seuls deux blocs proches du pouvoir à savoir l’Union Progressiste et le Bloc Républicain se partagent l’ensemble des sièges à l’Assemblée nationale. Ce scrutin, fortement contesté, donne lieu à des tensions et à des affrontements dans plusieurs localités du pays. La communauté internationale, tout en appelant au calme, exprime ses préoccupations face à l’absence de compétition électorale réelle. La CEDEAO s’implique alors dans des efforts de médiation et insiste sur l’importance du dialogue politique. Dans la continuité, les élections communales de 2020 se tiennent dans un climat toujours marqué par l’exclusion d’une grande partie de l’opposition. Là encore, les partis de la mouvance présidentielle renforcent leur ancrage territorial, profitant d’un cadre électoral peu ouvert à la concurrence. Bien que les opérations de vote se déroulent sans perturbations majeures, la question de l’inclusivité reste posée.
La présidentielle de 2021 confirme cette tendance. Patrice Talon est réélu dès le premier tour avec plus de 86 % des voix face à des adversaires peu représentatifs de l’opposition majeure, dont plusieurs figures ont été empêchées de se présenter. Le scrutin est marqué par des tensions préélectorales et des violences localisées, suscitant des réactions de partenaires internationaux. Si la CEDEAO salue le bon déroulement technique du vote et le professionnalisme des forces de sécurité, elle appelle également à l’apaisement et au renforcement du dialogue politique.
C’est dans ce contexte que les législatives de 2023 apparaissent comme une inflexion notable. Pour la première fois depuis 2019, un parti d’opposition significatif qui est Les Démocrates, participe au scrutin et parvient à obtenir 28 sièges à l’Assemblée nationale. Aux côtés de l’Union Progressiste le Renouveau et du Bloc Républicain, cette présence redonne une certaine pluralité à l’institution parlementaire. Ce scrutin est largement perçu, tant au niveau national qu’international, comme le plus inclusif de la décennie Talon. Il marque un retour partiel à la compétition politique, même si le cadre électoral demeure exigeant.
Cependant, cette ouverture reste fragile. Les élections couplées de 2026 (législatives et communales) semblent marquer un nouveau recul de l’opposition, qui ne parvient pas à franchir le seuil requis pour obtenir des sièges. Selon les résultats provisoires, les partis de la mouvance présidentielle raflent l’ensemble des 109 sièges de l’Assemblée nationale. Cette situation ravive les interrogations sur la capacité du système électoral à garantir une représentation équitable des différentes sensibilités politiques. Sur le plan institutionnel, la réforme constitutionnelle intervenue fin 2025, alignant les mandats présidentiels et législatifs sur une durée de sept ans, vient également modifier les équilibres du calendrier électoral. Si cette mesure vise à renforcer la stabilité, elle suscite aussi des débats sur ses implications démocratiques à long terme.
Dans l’ensemble, le bilan électoral de Patrice Talon apparaît contrasté. D’un côté, les autorités mettent en avant des scrutins globalement bien organisés sur le plan logistique, avec un encadrement sécuritaire renforcé et un respect des calendriers électoraux. De l’autre, la question de l’inclusivité demeure centrale, plusieurs élections ayant été marquées par l’absence ou la faible participation de l’opposition.
La communauté internationale, notamment la CEDEAO, continue de suivre de près l’évolution du processus électoral béninois. Si elle reconnaît les efforts en matière d’organisation, elle n’a cessé d’appeler à des élections plus ouvertes et à la préservation du climat apaisé qui a longtemps fait la réputation démocratique du Bénin.
Gildas AHOGNI