Le 6 Avril 2026, le président Patrice Talon bouclera 10 ans plus 45 jours à la tête du Bénin. Durant cette période, son gouvernement a opéré des réformes politiques sous couvert de son système partisan chanté à cor et à cris pour finalement ramener le pays dans les années du Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB), malgré les prescriptions de la conférence nationale des forces vives de la nation de 1990. Comment et pourquoi en est-il arrivé là ?
En 2016, le président Patrice Talon a été élu au second tour de la présidentielle au terme d’un scrutin qui a enregistré 48 candidats. Le Benin comptait encore plus de 100 partis politiques bien enregistrés même si certains n’avaient qu’une existence locale. Le Bénin politiquement était caractérisé par un multipartisme intégral qui faisait école dans la sous-région. En 2026 soit 10 ans après, la présidentielle n’aura que deux duos, deux candidats et deux suppléants. Au terme des 10 ans du mandat constitutionnel du président Patrice Talon, le Bénin est réduit de plus de 100 à moins de 10 partis politiques dont seulement deux existent réellement sur l’échiquier politique national. Ces deux partis, à savoir l’Union Progressiste le Renouveau (Up-r) et le Bloc Républicain (Br) tous de la mouvance présidentielle se sont partagés tous les élus aux dernières élections communales et législatives. Tous les autres partis notamment Les Démocrates, Forces Cauris pour un Bénin Émergent (Fcbe) et Moele-Bénin à qui le système Talon a permis de participer aux élections du 11 Janvier 2026 n’ont pu avoir d’élu puisque les textes seraient, selon l’opposition, ainsi taillés.
En effet, le régime du président Patrice Talon a, à partir de 2018, remodelé la politique au Bénin en mettant en place des mesures exclusives à travers un cadre juridique aux objectifs bien définis : Réduire le nombre de partis politiques et de compétiteurs pour mieux contrôler les compétitions électorales. Ainsi le 17 Septembre 2028, la nouvelle loi N`2018-23 portant charte des partis politiques est venue légaliser le plan visé en instaurant un certificat de conformité qui s’est révélé en 2019 comme l’eau de mer que les partis devront tous boire.
En 2019, la Cour Constitutionnelle fait du certificat de conformité une exigence légale pour la participation des partis aux législatives. Cette décision a été fortement contestée par l’opposition et a entraîné l’exclusion de plusieurs formations politiques des législatives de 2019. Ce qui a favorisé l’installation d’une Assemblée Nationale monocolore constituée rien que des députés des deux partis fidèles et soutenant les actions du gouvernement à savoir Up-r et Br. Cette triste histoire pour la démocratie béninoise se répète et s’est étendue vers l’administration locale car au terme des communales et législatives de 2026, tous les députés et conseillers communaux sont soit Up-r ou Br.
Parmi les mesures exclusives insérées dans les réformes politiques au Bénin figure également le quitus fiscal. Ce document de l’administration fiscale a été pour les partis politiques en l’occurrence ceux de l’opposition le grand mur qui a empêché plusieurs de << leurs candidats >> à participer aux élections de 2023 et 2026.
Le 4 Mars 2024, l’Assemblée Nationale 9ème législature a voté un nouveau code électoral qui a complètement scellé le sort de l’opposition béninois en instaurant de nouvelles mesures pour exclure de potentiels candidats aux différentes élections. Dans ce code, il faut désormais 28 élus maires et/ou députés pour parrainer tout duo de candidats à la présidentielle. Pour la présidentielle de 2021, seulement 16 parrainages étaient exigés par le code. En portant à 28 le nombre de parrainages, le régime de la rupture, a, selon l’opposition, programmé légalement l’exclusion du parti Les Démocrates qui n’avait que 28 députés comme élus. Ceci n’a pas raté puisqu’avec l’affaire Sodjinou, le manque de la seule fiche de parrainage du député LD a disqualifié le duo de l’opposition.
Lors du dépôt des dossiers pour les communales, le quitus fiscal a été également utilisé pour exclure les LD. S’en est suivi les élections législatives au terme desquelles les 20% de suffrage exigés aux partis et dans chacune des 24 circonscriptions électorales, ont été utilisés pour empêcher les autres partis d’avoir de députés à l’Assemblée Nationale 10éme législature.
En définitive, seulement les deux partis, Up-r et Br, tous de la mouvance présidentielle disposent d’élus parlementaires et locaux.
Pire, la nouvelle constitution révisée instaure, en son article 5.1, et à partir de l’investiture du prochain président de la République, une trêve politique qui ferme la voie à toute animation de la vie politique nationale laissant le champ libre au pouvoir de mettre en œuvre son programme d’action, peu importe la qualité, et ce, sans aucune voix critique.
Désormais, l’opposition est muette face aux jumeaux siamois Up-r et Br, assimilables au PRPB des années où la révolution battait son plein.
Après 10 ans de pouvoir, l’héritage politique que laisse le président Patrice Talon est le retour au parti unique pourtant enterré par l’instauration du multipartisme adopté au terme de la conférence nationale des forces vives de la nationale de février 1990.