Il y a dix ans, l’homme qui s’était présenté aux Béninois pour être leur président avait, chevillé au corps, la défense de la démocratie et des droits humains. Dans une interview accordée à RFI le 20 octobre 2012 alors qu’il était en exil en France, il affirmait être devenu l’homme à abattre du régime parce qu’il s’est opposé au projet de révision de constitution initié et voulu par l’ancien Président Boni Yayi pour s’éterniser au pouvoir. Pendant toute la campagne pour l’élection présidentielle, il s’était présenté comme le chantre de la démocratie et du pluralisme politique, affirmant à la sortie d’un meeting du second tour avec Sébastien Adjavon qu’il n’y aura pas la chasse aux sorcières.
Puis à partir d’Avril 2016, à sa prise de pouvoir, on l’a vu glisser progressivement vers l’autoritarisme. On l’a vu étouffer progressivement toutes les possibilités de pluralisme et les voix de la contradiction. On l’a vu faire le déni de la démocratie, affirmant aux bords de la Seine, face aux membres du MEDEF que le Bénin qu’il dirige n’aspire pas à devenir une démocratie aussi ouverte que la France.
Dix ans après que le peuple ait décidé de faire confiance à cet homme qui provient d’un monde des affaires, quel bilan peut-on faire de ses deux mandats à la tête du Bénin ?
A quelques jours de la fin de son dernier mandat, face à une volonté subtile d’échapper à la reddition de comptes, le journal Le Patriote décide de faire un point sur les dix ans de pouvoir du magnat de coton. Qu’a-t-il fait de la démocratie qui lui a permis de briguer la magistrature suprême ? S’en est-il juste servi pour atteindre le sommet et s‘en débarrasser ? Ou comme le disent certains, s’est-il servi de démocratie pour enfin en devenir le fossoyeur ? Son bilan politique en donne le ton : sept élections où presque l’opposition y a été exclue ; des leaders politiques contraints à l’exil et d’autres jetés en prison pour avoir voulu être présidents de la République ou pour avoir critiqué le Président de la République.
Une gouvernance politique qui a engendré plus de crispations, de douleurs, de frustrations et qui, in fine, a fragilisé l’Etat de droit et fait détériorer l’image de pays « respectable » que le Bénin s’est donné depuis trois décennies.