Le climat politique au Bénin se dégrade de jour en jour avec des retournements de situation qui surprennent plus d’un. Le dernier en date concerne la décision du parti Les Démocrates, annoncée il y a quelques jours à l’issue d’une réunion de sa Coordination nationale. La formation politique a en effet déclaré qu’elle sera active lors de la campagne pour l’élection présidentielle du 12 avril 2026.
Pour la présidentielle, le parti de l’opposition Les Démocrates entend travailler aux côtés d’un duo de candidats engagé dans la course au fauteuil présidentiel. Dans le milieu politique, une telle décision ne manque pas de susciter interrogations. Pour beaucoup, cette orientation relève d’une incongruité politique difficile à expliquer. Elle semble déroger à toute forme de cohérence morale et stratégique, même si l’on admet volontiers que la morale a rarement été la boussole de l’action politique. Comment comprendre en effet qu’un parti qui a été écarté du processus électoral, et qui n’a pas pu présenter de candidat, choisisse aujourd’hui de se mobiliser pour soutenir un autre prétendant au pouvoir ?
La logique de ce positionnement apparaît d’autant plus hasardeuse que, jusqu’à présent, aucun des deux candidats en lice n’a véritablement dévoilé son projet de société ou sa vision de gouvernance. Dans ces conditions, sur quelle base idéologique le parti Les Démocrates entend-il apporter son soutien ? S’agit-il d’une adhésion à des idées, à une vision pour le pays, ou simplement d’un calcul politique circonstanciel ? Il est clair que cette posture donne plutôt l’impression d’un repositionnement opportuniste qui ne conforme pas aux aspirations populaires. Au-delà des discours, on estime que la finalité de toute cette manœuvre serait ailleurs. Elle traduirait la volonté de certains leaders de l’opposition de se repositionner politiquement ou à intégrer le « Rang ».
Autrement dit, pour certains acteurs, l’heure ne serait plus à l’idéologie politique, mais à la recherche d’un rapprochement stratégique avec le futur pouvoir. De plus en plus de voix affirment que plusieurs responsables entourant l’ancien président Boni Yayi au sein de Les Démocrates ne souhaitaient pas véritablement la réussite de sa ligne politique. Son affaiblissement, voire son retrait, aurait pu ouvrir la voie à une orientation interne permettant à certains cadres de prendre une autre direction politique. Dans cette perspective, le scénario qui se dessine rappelle celui déjà observé avec Force Cauris pour un Bénin Émergent, dirigé par Paul Hounkpè, formation autrefois opposée au pouvoir avant d’opérer un revirement progressif avec la mouvance présidentielle.
L’histoire pourrait bien être en train de se répéter. Ainsi, ceux qui espéraient voir dans Les Démocrates une force d’opposition ferme et cohérente pourraient rapidement se détromper, car si cette stratégie vise réellement à préparer une migration politique vers la mouvance, alors la décision annoncée ne serait que la première étape d’un repositionnement plus large. Les acteurs concernés peuvent certes se réjouir d’avoir atteint leur objectif politique immédiat, mais dans un paysage politique où les rapports restent déterminants, rien ne garantit que ceux qui frappent aujourd’hui à la porte du pouvoir seront réellement accueillis comme des partenaires indispensables. Dans ce jeu d’alliances, les demandeurs sont rarement ceux qui fixent les règles.
Alassane Touré