Dans la course mondiale aux technologies vertes, les minerais critiques africains sont devenus un enjeu stratégique majeur. Grâce à une diplomatie financière souvent opaque, la Chine s’est imposée comme l’acteur dominant, même si plusieurs pays africains commencent à riposter.
La transition énergétique mondiale repose sur des ressources devenues indispensables : cobalt, lithium, cuivre, nickel ou terres rares. Ces minerais sont essentiels à la fabrication des batteries, des voitures électriques et des équipements numériques. Dans cette compétition planétaire, la Chine a progressivement pris une position dominante, notamment en Afrique, où elle a sécurisé l’accès à de nombreuses mines grâce à une stratégie financière et diplomatique bien rodée.
Aujourd’hui, Pékin contrôle une grande partie de la chaîne mondiale des minerais critiques. Le pays assure plus de la moitié de la production mondiale de certains minerais stratégiques et près de 90 % de leur raffinage. Dans le cas des terres rares, la Chine produit environ 70 % du volume mondial et domine largement leur traitement industriel. Cette avance repose sur une stratégie industrielle coordonnée depuis les années 1990, combinant investissements miniers, subventions massives et partenariats économiques avec les pays riches en ressources.
Une diplomatie minière opaque
Au cœur de cette stratégie se trouvent les accords dits de « Resource-Backed Finance ». Ce mécanisme consiste pour la Chine à accorder des prêts à des États africains en échange d’un remboursement sous forme de ressources naturelles. Concrètement, un pays peut obtenir un financement pour des infrastructures – routes, barrages ou chemins de fer – puis rembourser le prêt par l’exportation de cuivre, de cobalt ou de pétrole.
Ces accords existent notamment en République démocratique du Congo, en Angola, en Guinée ou au Zimbabwe. Mais ils sont souvent critiqués pour leur manque de transparence. Selon plusieurs études de la Banque mondiale et du China Africa Research Initiative de l’université Johns Hopkins, ces contrats sont rarement rendus publics, ce qui empêche d’évaluer précisément les garanties accordées et les volumes de ressources engagés.
La Chine est également devenue le principal créancier bilatéral de l’Afrique, avec des dizaines de milliards de dollars de prêts accordés depuis deux décennies. En janvier 2026, Pékin a annoncé l’annulation de plusieurs prêts sans intérêt arrivés à échéance pour 17 pays africains. Officiellement présentée comme un geste de solidarité, cette mesure concerne toutefois surtout des prêts relativement modestes et ne remet pas en cause les grands projets liés aux ressources naturelles. Pour certains analystes, cette diplomatie de la dette contribue indirectement à maintenir l’influence chinoise sur les secteurs stratégiques, dont les minerais critiques.
Les premières contre-attaques africaines
Face à cette domination, plusieurs pays africains tentent désormais de reprendre le contrôle de leurs ressources minières. Depuis 2023, au moins treize États ont adopté des mesures pour limiter l’exportation de minerais bruts et encourager la transformation locale.
Le Malawi a par exemple interdit en 2025 l’exportation de minerais non transformés afin de développer une industrie locale. La République démocratique du Congo et la Zambie ont lancé une zone économique spéciale commune dédiée à la fabrication de batteries électriques, afin de valoriser leur immense production de cobalt et de cuivre.
D’autres pays suivent la même logique. Le Kenya, le Nigeria, le Rwanda et la Tanzanie offrent désormais des incitations fiscales pour attirer des investisseurs dans la fabrication ou l’assemblage de véhicules électriques. L’objectif est clair : ne plus se contenter d’exporter des matières premières, mais participer à la chaîne industrielle mondiale.
Malgré ces initiatives, les défis restent considérables : manque d’infrastructures, coûts énergétiques élevés et dépendance technologique. Dans un monde où les minerais critiques sont devenus un véritable levier de puissance, l’Afrique cherche encore la voie pour transformer cette richesse en moteur de développement plutôt qu’en simple rente.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU