A dire vrai, la dernière sortie médiatique de l’ancien député Léon Basile Ahossi est un master Class de fourberie politique à déconseiller aux enfants et aux jeunes qui aspirent faire de la politique un service et un quantum d’éthique et de valeurs à transmettre aux générations futures. Pas ce qu’en ont fait les hommes forts d’aujourd’hui : une jungle de méchanceté et de mensonge où des acteurs mus par les seules ambitions de se servir l’entièreté de la manne républicaine fourvoient les populations par des promesses lunaires et la promotion des contre-valeurs. L’intéressé était présenté comme un exégète en mission de salubrité morale qui, longtemps durant a bluffé les populations sur ses idéaux d’homme de principe, de valeur, qui ne court pas derrière les mondanités et autres prébendes qui rendent si frivoles les hommes politiques contemporains. Son passé de douanier prospère plaidait en sa faveur. Surtout qu’en son temps à lui, ce métier avait pion sur rue et faisait gicler tous les friands de la richesse chaude qui voulaient faire pousser des immeubles partout comme des champignons à travers le pays et collectionner une ribambelle de femmes et de maîtresses de toutes les morphologies. A son crédit aussi, son refus d’entrer au gouvernement de Boni Yayi en 2008 au nom du fameux G13, conglomérat de députés et personnalités politiques qui fera une opposition farouche et impitoyable à Boni Yayi. Si impitoyable qu’elle a réussi parfois à bloquer l’appareil d’Etat obligeant ce dernier à prendre des ordonnances pour ratifier des accords de prêt destinés à financer les micros crédits aux femmes et à asphalter des routes. Mais ça, c’était l’époque du Président « Bon Samaritain » où au nom de la démocratie, on pouvait tout faire, tout dire, tout oser. Soit en disant en passant, les premières revendications du G13 portait, non pas sur la gouvernance politique et les questions de liberté et de démocratie mais sur le non-respect des engagements pris envers les individus qui composaient ce conglomérat.
A l’époque, il n’y a ni élections exclusives et il ne pouvait venir à l’esprit d’aucun Béninois qu’on pouvait organiser des élections en excluant l’opposition. Il n’y avait ni constitution qui proclame la pensée unique. De même, le Bénin ne comptait aucune soldatesque qui traquait les auteurs des moindres contradictions ou critiques du régime. Le mot prisonnier politique n’existait pas, de même qu’exilé politique. Pourtant Léon Basile Ahossi et ses compères tempêtaient tout le temps et trouvaient la moindre occasion pour vouer le régime Yayi aux gémonies.
Aujourd’hui curieusement, on est surpris d’entendre l’ancien leader de l’opposition donner raison au chef de l’Etat de radicaliser ses positions parce que l’opposition n’a pas voté pour son budget. Sous Yayi pourtant, l’opposition dont faisait partie Basile Ahossi votait pour bloquer le budget alors que cette fois-ci, Talon dispose d’une majorité suffisante qui le met à l’abri des caprices de vote de l’opposition. Tout vote contre n’aura aucun effet sur l’issue du processus. Mais au non de l’unanimité recherchée, aucune voix ne devrait aller contre.
La kermesse médiatique du dimanche dernier a aussi livré des secrets. L’invité n’a pas eu de gêne à clamer sa proximité avec le chef de l’Etat qui le recevait quand il le demandait. Lorsqu’on est élu député d’un parti de l’opposition et qu’on occupe le plus grand poste du parlement au nom de ce parti, la posture devrait paraître plus digne que celle-là qui frise la félonie surtout dans un contexte marqué par une rivalité inouïe entre les deux leaders. Ses révélations livrent un entourage de Boni Yayi infesté de lieutenants au service de son adversaire. Il va loin dans ses révélations, affirmant que Boni Yayi avait éconduit un émissaire de Patrice Talon dans la période des élections législatives de 2019 où le certificat de conformité était en vogue. Voulant ainsi présenter un président conciliant et pacifiste, Basile Ahossi expose une gouvernance de combines et de deals. Lorsqu’ un chef de l’Etat veut discuter avec son prédécesseur qui plus est chef du plus grand parti de l’opposition, il le fait par les voies officielles et reste dans le cadre strictement républicain en utilisant son administration.
Le sage en boubou n’a pas hélas réussi à convaincre sur la cohérence de ses idées. Bien au contraire, les moins rôdés en politique se sont interrogés sur la pertinence de ses propos surtout lorsqu’il affirme trois fois n’être pas membre de la mouvance et pourtant dit avoir soutenu l’Union Progressiste le Renouveau aux élections communales et législatives et soutient encore le candidat de ce parti pour la présidentielle.
Lorsqu’on finit de l’écouter, on comprend un peu d’où viennent en partie les problèmes du parti LD et le sort qui est réservé aujourd’hui à Alassani Tigri jeté en prison dans l’affaire du putsch manqué du 07 décembre dernier en dépit de sa santé si fragile.
On comprend aussi la profondeur du mal qui frappe le Bénin et la gravité de la faillite morale dans laquelle on est plongé lorsque qu’un septuagénaire a la vie prospère comme lui tombe si bas dans la promotion du monolithisme politique après avoir été pendant presque toute sa vie un chantre de la liberté et de la justice sociale. Pathétique !!!