À l’approche de la fin du second et dernier mandat du président Patrice Talon, les interrogations s’intensifient autour du bilan de dix années de gouvernance. Dans ce contexte où chaque camp tente de consolider son électorat à l’orée de l’élection présidentielle, l’un des maillons censés porter la parole gouvernementale semble curieusement silencieux : les ministres-conseillers. Investis d’une mission politique claire, ces acteurs apparaissent pourtant discrets sur le terrain.
Instituée pour renforcer la présence politique de l’exécutif et mieux relayer l’action gouvernementale auprès des populations, la fonction de ministre-conseiller devait constituer un relais stratégique entre le gouvernement et les citoyens. Leur rôle, selon les attributions qui leur sont conférées, consiste notamment à vulgariser les réformes engagées, expliquer les politiques publiques et défendre le bilan du régime. Autrement dit, ils sont censés être les ambassadeurs politiques de l’action gouvernementale. Mais à quelques semaines d’une échéance électorale majeure et à l’heure où la mouvance présidentielle cherche à capitaliser sur les réalisations des dix dernières années, le contraste est frappant. Sur le terrain, les ministres-conseillers se font rares, voire invisibles. Les initiatives publiques se comptent sur les doigts d’une main, laissant un vide dans l’animation politique qui interpelle plus d’un observateur.Depuis plusieurs semaines, pour la majorité des autres ministres-conseillers, c’est silence plateau.
Ni rencontres publiques, ni grandes séances d’explication du bilan gouvernemental, encore moins de campagnes d’information à grande échelle. Certains tentent toutefois de sauver les apparences. C’est le cas du ministre-conseiller en charge de la culture qui multiplie les sorties et rencontres avec les acteurs pour relayer les avancées enregistrées dans son secteur. De même, le ministre-conseiller en charge de l’agriculture maintient une certaine présence auprès des producteurs et organisations agricoles. Néanmoins, ces deux cas isolés ne peuvent pas changer la donne. Pire, ce silence pose question dans un contexte politique où chaque action de terrain peut peser dans la balance électorale, car pendant que ces relais brillent par leur absence, les associations et mouvements de soutien, eux, occupent largement l’espace public.
Dans les villes comme dans les villages, ces structures multiplient les meetings, les campagnes de sensibilisation et les initiatives de mobilisation en faveur du candidat de la mouvance présidentielle, Romuald Wadagni. Ces mouvements, souvent constitués de militants et de sympathisants, « mouillent le maillot » pour défendre le bilan et préparer la victoire de leur candidat. Plus l’échéance se rapproche, cette absence sur le terrain pourrait devenir un handicap stratégique. En définitive, la question mérite d’être posée : les ministres-conseillers jouent-ils réellement le rôle politique pour lequel ils ont été nommés ? Ou assistons-nous à une fonction qui, faute d’animation et de visibilité, risque de perdre toute sa portée dans le débat public ? À l’heure du bilan, leur silence pourrait bien devenir l’un des paradoxes les plus frappants de la fin de la période Talon.
Alassane Touré