Le Mali est en deuil. Le musicien malien Boncana Maïga est décédé à Bamako à l’âge de 77 ans. Compositeur, arrangeur, chef d’orchestre et flûtiste de talent, il fut l’un des plus grands artisans du pont musical entre l’Afrique de l’Ouest et Cuba. Son œuvre, entre salsa et sonorités mandingues, a durablement marqué l’histoire des musiques africaines modernes.
Avec la disparition de Boncana Maïga, c’est une page majeure de la musique ouest-africaine qui se tourne. Né au Mali, il s’impose très tôt comme un musicien virtuose et visionnaire. Formé dans les grands orchestres nationaux à l’époque des indépendances, il développe un style singulier nourri d’influences afro-cubaines.
Dans les années 1960 et 1970, alors que les sonorités cubaines enflamment les pistes de danse africaines, Boncana Maïga devient l’un des principaux passeurs culturels entre Bamako et La Havane. Arrangeur raffiné, chef d’orchestre rigoureux et flûtiste inspiré, il participe à l’essor d’une salsa africaine originale, vibrante et profondément enracinée dans les traditions mandingues. Cofondateur du mythique groupe Africando, il contribue à faire rayonner une salsa chantée en langues africaines sur les scènes internationales. Le projet devient un symbole éclatant du dialogue musical transatlantique. Son parcours et son influence ont été mis en lumière dans le documentaire Africa Mia, réalisé par Richard Minier, qui retrace l’épopée des musiciens maliens formés à Cuba dans les années 1960.
Invité du Journal de l’Afrique, l’acteur culturel Mory Touré, proche collaborateur du maestro, a salué « un bâtisseur, un homme de rigueur et de transmission ». Pour lui comme pour de nombreux artistes, Boncana Maïga laisse un héritage immense : celui d’un musicien qui a su faire dialoguer les continents sans jamais renier ses racines.
Avec sa disparition à Bamako, le Mali perd un ambassadeur culturel d’exception. Mais son œuvre, elle, continuera de faire danser les générations.
Gildas AHOGNI