Dans une lettre ouverte publiée à l’occasion du 36ᵉ anniversaire de la clôture de la Conférence nationale, Pamphile Guigonou Akplogan dresse un constat sévère sur l’état de la démocratie béninoise. Entre recul des acquis, affaiblissement des institutions et résignation citoyenne, l’auteur appelle à une renaissance de l’intelligence collective.
Le 28 février 1990, le Bénin tournait une page décisive de son histoire avec la clôture de la Conférence nationale des forces vives de la Nation. Trente-six ans plus tard, Pamphile Guigonou Akplogan revisite cet héritage à la lumière des réalités actuelles. S’appuyant sur l’avertissement prophétique du professeur Albert Tévoédjrè « Quand l’intelligence déserte le forum, la médiocrité s’installe et tout finit en dictature », il estime que cette parole résonne aujourd’hui comme un verdict.
En effet, selon l’auteur, la Conférence nationale avait posé les fondations d’un renouveau démocratique fondé sur la souveraineté du peuple, la limitation du pouvoir et le pluralisme. Elle ambitionnait de redonner à la politique sa noblesse qui est celle du service. Mais, observe-t-il, l’esprit d’intelligence collective et de responsabilité qui animait 1990 semble s’être étiolé au fil des années. Pamphile Akplogan déplore un recul préoccupant des acquis démocratiques. Il évoque des institutions devenues fragiles, une Constitution perçue comme malléable et un Parlement qui aurait perdu de sa vocation première de contre-pouvoir. Il cite d’ailleurs la formule du président de l’Assemblée nationale qualifiant l’hémicycle « d’enceinte de l’aristocratie », y voyant le symbole d’un fossé grandissant entre représentants et citoyens.
Par ailleurs, au-delà des dirigeants, l’auteur interroge aussi la responsabilité collective. Reprenant la thèse d’Étienne de La Boétie sur la servitude volontaire, il estime que la résignation, la peur ou la dépendance peuvent conduire un peuple à accepter silencieusement l’érosion de ses libertés. La démocratie, rappelle-t-il, ne vit que par la vigilance citoyenne.
Dans un appel solennel, il invite la jeunesse béninoise à redécouvrir l’esprit de 1990. La démocratie, écrit-il, n’est ni un héritage figé ni un privilège acquis, mais un combat permanent. À l’exemple de Mgr Isidore de Souza, qui appelait à éviter tout bain de sang, il plaide pour une renaissance pacifique de la conscience citoyenne.
Pour Pamphile Akplogan, le Bénin, jadis phare démocratique en Afrique, peut encore redevenir une référence, à condition que l’intelligence et le courage retrouvent leur place au forum national.
Gildas AHOGNI