À l’Université d’Abomey-Calavi, plusieurs étudiants racontent des expériences difficiles vécues dans certains secrétariats de facultés. Accueil froid, propos jugés blessants, attente interminable… Sans généraliser ni accuser, ces témoignages traduisent un malaise persistant dans les relations entre administration et étudiants.
Ils sont en sociologie, en lettres modernes, en droit, en géographie ou dans d’autres filières. Tous ont un point commun : le souvenir parfois amer d’un passage au secrétariat de leur faculté.
À la Faculté des sciences humaines et sociales (FASHS), Nadia, étudiante en sociologie, confie qu’elle a vécu des expériences particulières qui lui ont été désagréable. « Je ne me rends pas souvent à l’administration. J’y suis allée seulement trois fois, et à chacune de ces visites, on m’a crié dessus comme si j’étais une enfant de cinq ans », raconte-t-elle. Pour elle, le problème ne se limite pas à un simple ton élevé. Elle évoque « un accueil froid, un visage fermé » qui met mal à l’aise avant même d’avoir posé la moindre question. À quelques mois de la fin de son parcours, Nadia dit vouloir éviter tout conflit. « Je souhaite terminer en beauté, sans lutte qui pourrait nuire à ma réussite. Mon intention n’est pas de créer des problèmes, mais simplement de demander un peu plus de considération ». De ce fait, son message se veut mesuré d’autant puisqu’elle rappelle que les étudiants viennent apprendre et construire leur avenir, et que le respect doit être mutuel.
Yves, étudiant en Lettres modernes, élargit les propos. Selon lui, ces situations ne concernent pas uniquement la FASHS. Il évoque également des expériences similaires à la Faculté des lettres, langues, arts et communication (FLLAC). « Le regard accueillant m’a fait oublier ce pourquoi je suis venu », dit-il avec ironie. Derrière l’humour, on perçoit une gêne réelle face à ce qu’il décrit comme une attitude distante, parfois hautaine. Marie-Grâce, quant à elle, affirme avoir frôlé l’année blanche à cause d’un manque d’informations claires. « Accueil zéro », résume-t-elle. Elle se souvient d’avoir été renvoyée vers des camarades pour obtenir des renseignements administratifs. « Madame, je ne suis pas là pour ça », aurait-elle répondu, déconcertée. Pour cette étudiante, le sentiment dominant reste la tristesse.
Du côté de la Faculté de droit et de sciences politiques, Edouard, ancien étudiant, raconte une scène qui l’a marqué. Venu se renseigner sur ses relevés de notes de première et deuxième année, il dit avoir salué à trois reprises avant d’obtenir un regard. « On m’a dit ‘faut patienter’, puis la conversation entre collègues a continué », explique-t-il. Après près de trente minutes d’attente, il affirme ne pas avoir obtenu satisfaction. « C’est à croire que je n’existais pas », confie-t-il.
Boris, lui aussi ancien étudiant à l’UAC, affirme qu’il sortait souvent du secrétariat « avec la mine renfrognée ». Selon lui, les étudiants ont parfois le sentiment de ne pas être considérés. Sabine, de son côté, explique avoir longtemps évité le secrétariat après avoir entendu les récits de ses camarades. La seule fois où elle s’y est rendue, elle dit avoir confirmé ses appréhensions : « La majorité prend l’étudiant comme un écolier de CP sur lequel on peut crier dessus », fait-elle savoir.
Ces témoignages, bien que personnels, décrivent des scènes de ton jugé brusque, d’attente prolongée, d’impression d’indifférence. Certains étudiants disent sortir des bureaux administratifs « dévastés », avec un sentiment d’humiliation ou d’impuissance. Dans des moments clés comme retrait de relevés, dépôt de dossiers, demande d’informations pour la validation d’une année, l’attitude perçue comme hostile peut accentuer le stress déjà présent. Quelques-uns confient même ne plus savoir « à quel saint se vouer » face à des démarches qu’ils jugent essentielles pour leur avenir académique.
Pour autant, aucun des étudiants interrogés ne prétend que tous les secrétariats ou toutes les secrétaires adoptent ce comportement. Plusieurs reconnaissent avoir déjà rencontré des agents administratifs courtois et disponibles. Mais ils estiment que les expériences négatives marquent davantage les esprits, surtout lorsqu’elles se répètent. Au-delà des cas individuels, ces récits mettent en lumière une question plus large : celle de la qualité de l’accueil et de la communication au sein de l’institution universitaire. Dans un contexte où les effectifs sont élevés et les tâches administratives nombreuses, la pression peut être forte de part et d’autre du guichet.
L’humanité au cœur du service
Le travail de secrétaire universitaire est souvent exigeant. Gestion des dossiers académiques, pression des délais, afflux d’étudiants en période d’inscription ou de délibération : la charge peut être lourde et fatigante. Dans ces conditions, il arrive que la fatigue ou le stress influencent la manière de communiquer. Plusieurs étudiants eux-mêmes reconnaissent que certaines secrétaires font preuve d’écoute, de patience et de bienveillance, même dans des journées particulièrement chargées. Un simple sourire, un ton posé ou une explication claire peuvent transformer une démarche anxiogène en échange apaisé.
Si les témoignages rapportés traduisent un malaise, ils rappellent aussi qu’une attitude empreinte d’humanité ; même dans un environnement sous pression ; peut faire toute la différence.
Gildas AHOGNI