À peine installée, la cinquième mandature sous le régime de la décentralisation au Bénin donne déjà des signes de colère. Alors que l’opinion publique espérait une parfaite entente entre les deux partis de la mouvance, ce sont plutôt des frustrations qui remontent des communes, alimentées par une série de décisions judiciaires et de règlements de comptes politiques internes.
Ça sent de la grogne dans le rang des militants des deux grands blocs de la mouvance présidentielle. A l’origine, plusieurs conseillers communaux initialement proclamés élus par la Commission électorale nationale autonome ont été déchus à la suite de recours portés devant la Cour suprême. Si ces décisions sont conformes aux procédures légales en matière électorale, leurs conséquences politiques sont loin d’être sans goût amer, car derrière les arrêts rendus se dessinent des querelles au sein des deux grandes formations de la mouvance présidentielle : l’Union progressiste le Renouveau et le Bloc Républicain. Ces deux partis, souvent qualifiés de « partis siamois » ne se sont pas faits de cadeaux. Ils n’ont visiblement pas su accorder leurs violons dans plusieurs communes.
Les guerres fratricides, alimentées par des ambitions personnelles et des calculs locaux, ont fragilisé des positions pourtant acquises au soir du scrutin. Résultat : des sièges perdus, des désignations contestées, et des militants déboussolés. Les exemples les plus récents illustrent cette atmosphère chaotique. À Bopa, un adjoint au maire, désigné une première fois, a finalement été remplacé sur décision de son propre parti, l’Union progressiste le Renouveau. Un retour difficile à expliquer aux militants qui avaient déjà célébré son installation.
À Lalo, le maire issu du Bloc Républicain, pourtant nommé et installé, a été déchu après une décision de la Cour suprême attribuant finalement la majorité à l’Union progressiste le Renouveau. Une situation qui a laissé un goût amer dans le camp du parti évincé. Au-delà de ces deux cas emblématiques, des évictions enregistrées à Porto-Novo, Toffo, Adjarra et dans d’autres communes viennent alourdir le malaise. Chaque décision de justice, bien que fondée juridiquement, ravive les tensions politiques et met à nu les rivalités internes. Pour les militants de base, qui ont mouillé le maillot durant la campagne, ces revirements sont difficiles à comprendre. Beaucoup s’interrogent : à quel saint se vouer ? Quel tort ont-ils commis pour voir leurs représentants ainsi remerciés ? Il est bien clair que cette cinquième mandature démarre donc sous le signe d’une instabilité politique locale qui pourrait fragiliser la gouvernance communale.
Or, la décentralisation exige cohésion, lisibilité et stabilité pour répondre efficacement aux attentes des populations. Si les querelles internes prennent le pas sur l’intérêt général, le risque est grand de voir les communes paralysées par des luttes de leadership au détriment du développement local. Il appartient désormais aux états-majors de l’Union progressiste le Renouveau et du Bloc Républicain de restaurer la confiance dans leurs rangs. À défaut, la 5ème mandature de la décentralisation pourrait s’installer durablement dans un climat de frustrations.
Alassane Touré
