Face au personnel parlementaire et aux membres de son cabinet, le président de l’Assemblée nationale, Joseph Djogbénou, a donné le ton. Exigeant, ferme et sans équivoque sur la ponctualité et la discipline, il annonce une mandature placée sous le sceau de la rigueur. Reste à savoir si cette posture relèvera d’une réforme salutaire ou d’une verticalité assumée.
La scène a marqué les esprits. Face au personnel de l’administration parlementaire et aux membres de son cabinet, le président de l’Assemblée nationale Joseph Djogbénou n’a laissé place à aucune ambiguïté : la ponctualité est « la règle essentielle ». Tout retard équivaut à une absence. Toute entrée tardive, en sa présence, sera refusée. Le ton est martial, presque professoral.
En effet, cette séquence soulève une question : l’amphithéâtre est-il en train d’être transposé au parlement ? L’ancien universitaire semble revêtir, dans l’hémicycle, l’autorité du maître face à ses étudiants. Les députés, attentifs et silencieux, renvoient l’image d’une assemblée disciplinée, voire docile. Mais l’Assemblée nationale n’est pas une salle de cours. Elle est le cœur battant du débat démocratique. En évoquant « la règle des aristocrates » et « l’élégance républicaine », le président installe un registre symbolique fort. Il ne parle pas seulement de ponctualité ; il parle d’une culture institutionnelle. Être à l’heure devient un marqueur d’excellence, presque un signe d’appartenance à une élite républicaine. La rigueur est présentée comme un préalable à l’efficacité.
Dans un contexte où les institutions africaines sont souvent critiquées pour leur lenteur ou leur désorganisation, cette exigence peut apparaître comme salutaire. Un Parlement plus ponctuel, plus méthodique, plus assidu pourrait gagner en crédibilité. La discipline interne peut renforcer l’image d’une institution respectée et respectueuse.
Toutefois, la fermeté affichée pose aussi la question de la méthode. La démocratie parlementaire repose sur l’équilibre, la pluralité et parfois même la contradiction. Une direction trop verticale pourrait étouffer les dynamiques internes. La frontière est mince entre l’autorité structurante et la rigidité excessive. Joseph Djogbénou semble vouloir imprimer sa marque pour les années à venir. Il annonce des critères clairs comme rigueur, assiduité et discipline. Le message est limpide du fait que l’indulgence ne sera pas de mise. Cette posture peut instaurer un nouveau standard de gouvernance parlementaire. Elle peut aussi susciter, à terme, des résistances.
Les jours à venir seront révélateurs. La 10e mandature sera-t-elle celle d’un Parlement exemplaire par sa discipline? Ou assistera-t-on à des tensions liées à un style de gouvernance très affirmé ? Une chose qui est certaine est que le président a posé les jalons d’une ère où la tolérance au relâchement sera minimale. L’histoire dira si cette rigueur renforcera l’institution ou si elle en redessinera profondément les équilibres.
Gildas AHOGNI