Les élections communales du 11 janvier 2026 auront, une fois encore, mis en lumière les limites de la promotion du genre dans les sphères locales de décision au Bénin. Malgré les réformes institutionnelles engagées depuis 2016 sous le leadership du président Patrice Talon, la réalité des faits laisse sans mot : seules quatre femmes ont été désignées maires à l’issue de l’installation des conseils communaux pour les sept prochaines années.
La promotion de la gent féminine a encore du chemin à faire sur le plan politique. Et pour cause! Malgré la volonté des gouvernants de permettre aux femmes d’occuper des postes de responsabilité, seules quatre femmes ont été désignées pour être maires dans les communes. Un chiffre qui interroge, surtout lorsqu’on le rapporte au nombre de femmes élues conseillères communales lors du scrutin. Si la présence féminine au sein des conseils n’est plus à dire, son accès aux postes de maire demeure, lui, très limité. Au niveau national, des avancées notables ont été enregistrées. Grâce à la révision constitutionnelle et à l’introduction d’un quota réservé aux femmes soit une élue par circonscription électorale, pour un minimum de 24 femmes, l’Assemblée nationale du Bénin enregistre aujourd’hui une représentation féminine plus significative.
Ce progrès n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’une disposition légale qui impose aux partis politiques de promouvoir des candidatures féminines. La loi a donc servi de levier pour corriger un déséquilibre historique. À l’échelle communal, par contre, aucune disposition n’encadre spécifiquement la désignation des maires sous l’angle du genre. Résultat : la promotion des femmes repose uniquement sur la volonté politique des partis. Et force est de constater que cette volonté demeure très moins manifeste. Parmi les deux formations de la mouvance qualifiées pour siéger dans les conseils communaux, seul l’Union progressiste le Renouveau a désigné des femmes comme maires. En revanche, le Bloc Républicain n’a promu aucune femme à la tête d’une commune. Ce contraste révèle une différence d’engagement au sein même de la majorité présidentielle. Si l’on peut saluer l’effort du premier bloc, le bilan global demeure largement en deçà des attentes suscitées par les discours en faveur de l’égalité des chances. Depuis 2016, la promotion du genre est régulièrement présentée comme un axe fort de la gouvernance de Patrice Talon.
Pourtant, à l’épreuve des faits, l’approche genre semble toujours en panne lorsqu’il s’agit de partager réellement le pouvoir local. S’il est vrai que la volonté du chef de l’État est souvent mise en avant pour justifier les réformes entreprises,.il n’en demeure pas moins que sans mécanismes d’obligation au niveau communal, cette volonté se heurte aux logiques internes des partis, où les calculs politiques prennent le dessus sur les engagements pour la promotion du genre. Le constat est donc sans appel, si le Parlement bénéficie d’un encadrement légal favorable à la représentativité féminine, les communes ne sont pas concernées par cette dynamique. Tant que la désignation des maires ne sera pas soumise à des exigences claires en matière d’équilibre, la promotion du genre demeurera à la volonté de choix partisans et donc sujette à des reculs. La Rupture avait promis de changer les règles du jeu ; sur le terrain du genre, le chantier reste manifestement inachevé.
Alassane Touré