Au dernier sommet de l’organisation africaine, son président de Commission a insisté sur la fin des coups d’État militaires. Mais plusieurs observateurs dénoncent un silence face aux révisions constitutionnelles qui prolongent certains pouvoirs et nourrissent l’instabilité.
Lors du 39è sommet de l’Union africaine, le nouveau président de Commission, Mahamoud Ali Youssouf, a déclaré que « les changements anticonstitutionnels de gouvernement ne seront plus tolérés en Afrique ». Cette déclaration vise clairement la vague de coups d’État militaires ( plus d’une dizaine ) qui touche le continent depuis quelques années.
Toutefois le président de la commission a oublié d’évoquer la question de « coup d’État constitutionnel » qui depuis plusieurs décennies sévit en Afrique. Le coup d’État constitutionnel se manifeste surtout par la modification de la Constitution pour rester au pouvoir, des élections contestées ou manipulées, le contrôle des institutions comme la justice ou la commission électorale, et des lois changées pour affaiblir l’opposition et limiter l’alternance politique.
Plusieurs études récentes montrent que les coups d’État constitutionnels peuvent aggraver les changements anticonstitutionnels en Afrique. L’étude intitulée Démocratisation et changements anticonstitutionnels de gouvernement en Afrique de l’Ouest réalisée en 2022 explique que la modification des Constitutions pour prolonger les mandats fragilise les institutions et alimente les tensions politiques.
Aussi, l’étude Transitions de pouvoir anticonstitutionnelles en Afrique contemporaine publiée en 2024 souligne que ces pratiques réduisent la confiance des citoyens envers la démocratie.
Une autre analyse, Impacts sécuritaires des changements anticonstitutionnels en Afrique menée en 2023 montre que la manipulation des lois fondamentales peut encourager d’autres formes de ruptures politiques, y compris des coups d’État militaires. Ces travaux concluent globalement que les coups constitutionnels affaiblissent la stabilité politique et compliquent la consolidation démocratique sur le continent.
La Guinée en 2021 en est un exemple lorsque le président Alpha Condé a modifié la constitution de son pays pour briguer illégalement un troisième mandat. Cette stratège lui a valu son renversement du pouvoir par le Comité national de rassemblement et du développement (CNRD), une unité d’élite dirigé par le général Mamady Doumbouya.
Des coups d’État constitutionnels critiqués
Au Rwanda, Paul Kagame ( au pouvoir depuis 2000) a révisé la Constitution, ce qui lui permet de rester président jusqu’en 2034. Au Togo, Faure Gnassingbé dirige depuis 2005 après son père. Il a consolidé son pouvoir au Togo en devenant « président du Conseil des ministres » le 3 mai 2025, à la suite d’une révision constitutionnelle adoptée en 2024. Ce nouveau poste, lui confère le contrôle effectif du pouvoir exécutif, renouvelable indéfiniment sans élection présidentielle, après vingt ans au pouvoir.
Au Cameroun, Paul Biya est au pouvoir depuis plus de quarante ans. En République du Congo, Yoweri Museveni gouverne depuis 1986 soit 46 ans au pouvoir. En Guinée équatoriale, Denis Sassou-Nguesso qui a dirigé le pays de 1979 à 1992, puis est revenu au pouvoir en 1997, cumule plus de 40 ans d règne. Il a officiellement annoncé en début février sa candidature lors des prochaines élections. Faut-il rappeler que ces trois derniers mentionnés, constituent les trois présidents non-monarques ayant exercé le pouvoir le plus longtemps dans le monde grâce à la révision de la Constitution.
Des efforts démocratiques existent
Selon plusieurs études sur la gouvernance et la démocratie en Afrique, certains pays sont souvent cités comme des exemples de stabilité politique. Le Botswana est régulièrement présenté comme une démocratie solide depuis l’indépendance. L’Île Maurice se distingue aussi par des élections transparentes et des institutions stables. En Afrique de l’Ouest, le Ghana est souvent salué pour ses alternances pacifiques. La Namibie, le Cap-Vert et le Sénégal sont également cités pour leur relative stabilité démocratique malgré certains défis politiques.
Au final, la condamnation des putschs militaires par l’Union africaine reste importante. Mais pour beacoup, la défense de la démocratie doit aussi inclure la lutte contre les dérives constitutionnelles. Sans cela, le risque d’instabilité politique pourrait continuer en Afrique.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU