La vie politique béninoise, marquée depuis quelques années par la réforme du système partisan, continue de produire ses effets. Entre exigences de représentativité nationale et nécessité de franchir la barre fatidique des 10 %, plusieurs formations politiques peinent encore à trouver leur place dans l’arène électorale. C’est le cas du parti Moele-Bénin, dirigé par Jacques Ayadji, qui enregistre, scrutin après scrutin, des résultats en deçà des attentes. A cette allure, le parti ne ferait-il pas mieux de choisir la voie de la fusion ?
Depuis sa création, le parti Moele-Bénin de Jacques Ayadji s’est positionné comme un parti de soutien aux réformes engagées au sommet de l’État, mais avec zéro élu. Malgré des moyens logistiques non négligeables et la promotion de nombreux jeunes sur ses listes de candidatures, la formation politique n’a jamais réussi à atteindre les 10 % requis au plan national pour prétendre à une attribution des sièges. Ni députés, ni conseillers communaux : le constat est là. Les dernières élections législatives ont confirmé la règle avec 1,21% obtenu soit 33837 voix selon les résultats provisoires publiés par la Commission électorale nationale autonome (Céna).
Une fois encore, le parti a mordu à la poussière, enregistrant un pourcentage très bas qui interrogent sur sa capacité à s’imposer durablement sur l’échiquier politique national. Dans un contexte où les grandes formations dominent la scène politique, la question de la fusion des micro-partis dans des blocs semble s’imposer comme une solution pragmatique. Un exemple récent illustre l’efficacité de cette stratégie. Il s’agit du cas de Claudine Prudencio. Son parti, Renaissance nationale, a fait le choix stratégique de fusionner avec l’Union progressiste le Renouveau à la veille des élections couplées. Résultat, l’ex-présidente du parti a pu se faire élire dans la sixième circonscription électorale et siéger aujourd’hui à l’Assemblée nationale.
Ce précédent pose une interrogation légitime : et si Jacques Ayadji empruntait la même voie ? Une fusion permettrait à Moele-Bénin de rompre avec la série d’échecs et d’offrir à ses militants de réelles perspectives électives. Il est vrai que grâce à son activisme politique et à son engagement aux côtés du régime, Jacques Ayadji a occupé plusieurs postes de responsabilité. Il est actuellement ministre conseiller aux infrastructures, une fonction politique qui témoigne de la confiance placée en lui. Cependant la politique ne saurait se limiter à des nominations. Les nombreux jeunes militants engagés sous Moele-Bénin aspirent à plus qu’un simple militantisme de soutien. Ils veulent être des acteurs capables siéger dans les conseils communaux, défendre des propositions de loi, participer concrètement à la gestion des affaires publiques.
Dans un système politique en constante évolution, seule une base élective solide assure une légitimité durable. Jacques Ayadji devra donc, tôt ou tard, arbitrer entre la fidélité à une aventure partisane solitaire et l’intérêt supérieur de ses militants, car la stratégie de l’isolement a montré ses limites. À l’heure des grands regroupements, l’histoire récente semble indiquer que l’union fait la force. Reste à savoir si Jacques Ayadji saura lire les signes du temps et faire, à son tour, le pari de la fusion. Pour ses militants, l’enjeu dépasse les calculs personnels. La gestion d’un parti passe par des choix courageux. Il s’agit d’ouvrir enfin les portes des institutions à une génération qui refuse de rester spectatrice de la démocratie béninoise.
Alassane Touré