Le mercredi 27 janvier, Alassane Tigri, l’ancien ministre et vice-président du parti Les Démocrates se fait arrêter à Cotonou au lendemain de son retour de séjour sanitaire en France. Officiellement, son arrestation est liée à la tentative de coup d’Etat du 07 décembre à Cotonou. Mais dans l’entourage de l’intéressé, les accusations portées contre lui ne sont rien que des affabulations.
Parti de Paris le mardi 26 janvier dernier malgré sa convalescence pour assister aux obsèques de sa belle-sœur, Alassane Tigri était bien confiant. « Il ne voulait pour rien manquer les obsèques de sa belle-sœur », souffle un de ses fils. Contre l’avis des siens, il a dû écourter son repos sanitaire pour faire son déplacement sur Cotonou. Il n’avait aucune crainte malgré sa proximité biologique avec le putschiste du 07 décembre. Aussi, a-t-il balayé du revers de la main les nombreuses inquiétudes sur une probable persécution judiciaire au pays. « Je ne me reproche rien », a-t-il souvent martelé depuis le début de cette affaire. On se rappelle très bien que dès le lendemain, certaines mauvaises langues avaient commencé à l’accuser de n’être pas trop étranger au fameux coup parce qu’il était le grand frère du colonel Pascal Tigri.
Mais arrivé à Cotonou ce mardi 26 janvier, un agent de police lui retire malicieusement son passeport, affirmant qu’il y avait décelé un problème et qu’il devrait venir au siège d’Interpol pour le retirer. Il avait décidé de laisser passer les obsèques de sa belle-sœur prévus pour le jeudi 28 janvier et de s’y rendre le vendredi 29 janvier. Le mercredi matin, il s’était rendu dans une clinique où il a ses habitudes pour prendre une perfusion afin de pouvoir maintenir la forme durant les cérémonies . A peine est-il revenu à la maison que cette dernière est envahie par une horde de policiers armés jusqu’aux dents et appuyée par un hélicoptère pour une surveillance aérienne. Le logistique déployé et la brutalité de l’opération ont traumatisé toute la famille. Alassane Tigri n’y a opposé aucune résistance et s’est laissé aux mains de ce détachement dont certains étaient en tenue civile . Il a donc été conduit à la police criminelle où il a été gardé à vue.
Ironie du sort, Alassane Tigri n’a pas pu rendre les derniers hommages à sa belle-sœur comme il l’a souhaité en quittant la France. Ses parents qui s’inquiétaient sur le lieu où il a été conduit, ont pu le retrouver le lendemain, le jeudi 29 janvier à la Brigade criminelle. Au lieu d’être aux obsèques de sa belle-sœur, il se trouve privé de liberté.
Un tissu de mensonges et contre-vérités
A peine arrêté et poursuivi pour « complot contre la sûreté de l’Etat », une vaste campagne de sabotage et de contre-vérités a été lancée contre Alassane Tigri présenté dans certains médias et sur les réseaux sociaux comme un pourfendeur de l’ordre républicain qui a refusé de répondre à temps aux convocations qui lui ont été adressées. Selon les sources concordantes relayées d’ailleurs par le parti Les Démocrates dans son communiqué, Alassane Tigri n’a reçu aucune convocation, ni dans la résidence de Cotonou, ni dans celle du septentrion. Alors qu’il était en France pour raison de santé, il ne manquait pas d’appeler sa maison pour savoir s’il a reçu de courrier. Connu pour son attachement aux valeurs démocratiques, il a affiché dès le début de cette affaire une neutralité et une transparence à nulle autre pareille. Il a lui-même, sans aucune contrainte, affirmé avoir reçu un coup de fil de son frère putschiste qui voulait prendre de ses nouvelles quelques jours avant l’opération. On se rappelle que dès le début, il avait rendu public un message demandant aux accusateurs de la toile de dissocier son patronyme de la responsabilité pénale de son frère impliqué dans l’opération.
Un délit de parenté ?
Selon des sources proches du dossier, l’audition du Vice-Président du parti Les Démocrates n’a pas révélé grand-chose. Il semble être plus accusé pour son lien de fraternité avec le colonel Tigri que pour des actes l’impliquant réellement. Une sorte de délit de parenté qui peut amener un individu à être poursuivi pour la responsabilité pénale d’un acte délictueux ou criminel commis par un de ses parents. Cette accusation nous rappelle le « délit de proximité » utilisé « politiquement » par le gouvernement de Boni Yayi dans l’affaire Icc Services pour impliquer Adrien Houngbédji, opposant d’alors d’être proche de l’escroc Emile Tégbénou pour être originaire comme lui de la commune d’Adjarra et d’être un de ses voisins. Ainsi donc Adrien Houngbédji ne serait pas si étranger à la genèse de l’affaire Icc services puisqu’étant proche d’Emile Tégbénou, il devrait en être informé. Cet argumentaire avait paru ridicule dans l’opinion, donnant l’impression d’une fuite de responsabilité du gouvernement. Près de seize ans après, la tentative de coup d’Etat manqué du 07 décembre nous renvoie à une fuite de responsabilité similaire. Tant que Pascal Tigri courrira sans être retrouvé et arrêté, l’accusation ou l’implication forcée d’une tierce personne, fut-il son grand frère, ne saurait dédouaner le gouvernement dans sa mission régalienne de sécurisation du territoire du Bénin et de ses populations.