Publié en octobre 2024, le dernier rapport de l’Indice de la faim dans le monde (GHI) réalisé par les institutions Welthungerhilfe (Allemagne), Concern Worldwide (Irlande) et l’Institut du droit international de la paix et des conflits armés (IFHV) de l’Université de la Ruhr à Bochum dresse un constat sans complaisance sur l’état de la sécurité alimentaire globale. Dans un contexte international marqué par les crises climatiques, économiques et géopolitiques, le Bénin affiche un score de 25,9, synonyme de faim grave. Un classement qui interpelle, mais qui doit aussi être lu à la lumière de la méthodologie, du contexte et des limites mêmes de cet indice.
Le dernier rapport de l’Indice de la faim dans le monde (GHI) place le Bénin dans une zone inconfortable. Avec un score de 25,9, le pays figure parmi les 35 États où la faim est considérée comme grave, loin des niveaux « alarmant » ou « extrêmement alarmant », mais encore très éloigné d’une situation acceptable . Cette classification n’est pas anodine.
En effet, l’élaboration de ce rapport repose sur des données officielles des Nations unies (FAO, OMS, UNICEF), de la Banque mondiale et des enquêtes démographiques et de santé. L’objectif est de mesurer, de comparer et de suivre l’évolution de la faim dans les pays où elle demeure un enjeu structurel. Et selon l’échelle du GHI, un score compris entre 20,0 et 34,9 traduit une faim grave, reflet de carences profondes touchant une partie significative de la population. Cet indice composite repose sur quatre indicateurs clés tels que la sous-alimentation, le retard de croissance chez les enfants, l’émaciation infantile et la mortalité des moins de cinq ans. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de la quantité de nourriture disponible, mais aussi de sa qualité, de sa régularité et de ses effets directs sur la santé des populations, en particulier des plus vulnérables. Au Bénin, ces dimensions continuent de poser problème, malgré les progrès macroéconomiques souvent mis en avant. Comparé à certains pays voisins ou à des États ayant engagé des réformes structurelles plus efficaces, le Bénin apparaît en recul relatif. Le rapport souligne d’ailleurs que dans de nombreux pays classés en niveau modéré ou grave, la faim stagne ou progresse depuis 2016, signe que les stratégies actuelles peinent à produire des résultats durables . Le Bénin s’inscrit malheureusement dans cette dynamique préoccupante.
Toutefois, il est essentiel de préciser que le GHI ne classe pas tous les pays du monde. De nombreux pays dits avancés, notamment ceux de l’Union européenne, l’Amérique du Nord ou certaines économies développées d’Asie, ne figurent pas dans le classement ou affichent des scores inférieurs à 5, considérés comme faibles et non détaillés individuellement. Ces États ont, pour la plupart, atteint l’autosuffisance alimentaire ou disposent de systèmes de protection sociale solides qui limitent fortement la faim structurelle. Le GHI se concentre donc prioritairement sur les pays où l’insécurité alimentaire demeure un problème majeur de développement.
Dans ce contexte, la situation béninoise peut s’expliquer par une combinaison de facteurs comme la dépendance aux aléas climatiques, la faible productivité agricole, la pauvreté persistante en milieu rural, mais aussi la pressions liées à la hausse des prix alimentaires et aux chocs économiques successifs. À cela s’ajoutent des inégalités sociales et territoriales qui rendent l’accès à une alimentation adéquate encore plus difficile pour certaines catégories de la population.
Par ailleurs, le rapport GHI 2024 rappelle également que l’Afrique subsaharienne demeure l’une des régions les plus touchées par la faim grave, notamment en raison de taux élevés de sous-alimentation et de mortalité infantile. Dans ce contexte régional déjà tendu, le score du Bénin devrait être perçu comme un signal d’alerte, et non comme une simple statistique.
Sans sombrer dans l’alarmisme, ce classement invite à une remise en question. L’objectif mondial de « Faim zéro » à l’horizon 2030 paraît de plus en plus hors de portée, et le Bénin ne peut se permettre l’immobilisme. Renforcer les politiques agricoles, investir davantage dans la nutrition infantile, améliorer la résilience climatique et cibler les populations les plus exposées deviennent des priorités urgentes. Car au-delà des chiffres, la faim reste une réalité quotidienne pour trop de Béninois.
Gildas AHOGNI