Le président congolais Félix Tshisekedi reproche au Rwanda d’avoir rompu l’accord de Washington moins de 24 heures après sa signature. Dans l’est du pays, les réactions oscillent entre colère et scepticisme.
À peine signé, déjà contesté. Devant le Parlement lundi, Félix Tshisekedi a accusé le Rwanda d’avoir violé le cessez-le-feu négocié à Washington, soutenant que des unités des Forces de défense rwandaises avaient mené, dès le lendemain, des attaques d’artillerie depuis Bugarama vers plusieurs localités du Sud-Kivu. Le président dénonce « une rupture flagrante » de l’engagement obtenu sous l’égide des États-Unis.
Selon Kinshasa, ces frappes auraient touché Kaziba, Katogota et Lubarika, provoquant d’importants dégâts matériels et poussant des milliers de civils à fuir. La région est déjà éprouvée par la progression de l’AFC-M23, mouvement soutenu par Kigali selon des experts de l’ONU et composé de près de 4 000 combattants.
Réactions contrastées dans l’est du pays
Sur le terrain, les mots du chef de l’État n’ont pas suffi à rassurer. À Uvira, Roger Sadiki Muganguzi, notable local, exprime un profond désarroi : « Le discours n’a pas enchanté les victimes. Pendant qu’on parle à Kinshasa, le M23 continue d’endeuiller les citoyens. Tant que l’armée ne fait pas peur au voisin, rien ne changera. » D’autres, comme John Karume, proche de l’ancien président Kabila, jugent le discours répétitif : « Il promet, accuse, mais n’apporte pas de solutions concrètes. » Pour Oswald Rubasha, acteur de la société civile, l’essentiel est ailleurs : « Les populations veulent voir des actes. Une armée capable de défendre les zones occupées. »
Trump, médiateur sans succès ?
La crise RDC–Rwanda relance les interrogations sur l’efficacité de la médiation américaine orchestrée par Donald Trump. L’ancien président s’est déjà posé en artisan de paix, mais ses précédentes interventions ont laissé un goût amer.
Entre Israël et la Palestine, les accords dits « Abraham » n’ont pas réglé le conflit central et n’ont pas empêché de nouvelles flambées de violence.
Entre le Cambodge et la Thaïlande, où Washington avait tenté de jouer un rôle de facilitateur autour du temple de Preah Vihear, les tensions frontalières ont persisté malgré les efforts diplomatiques américains.
Ces précédents nourrissent aujourd’hui un scepticisme croissant. La médiation Trump a beau offrir une plateforme de dialogue, elle n’a jusqu’ici produit ni cessez-le-feu durable ni mécanisme contraignant.
Toutefois, ces exemples soulignent une limite récurrente. La signature formelle d’un accord vaut peu si elle n’est pas accompagnée d’un monitoring indépendant, de garanties sur le retrait effectif des forces et d’un calendrier de vérification crédible.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU