Les 23 et 24 novembre 2025 à Libreville, Emmanuel Macron et Brice Clotaire Oligui Nguema ont conclu une série d’accords économiques et sécuritaires marquant une nouvelle étape des relations bilatérales. Cette visite consacre une coopération « d’égal à égal », assumée et recentrée sur la souveraineté gabonaise.
La rencontre entre Paris et Libreville entérine une relation débarrassée des pesanteurs historiques, au profit d’une coopération fondée sur un accord gagnant-gagnant. Au centre des discussions figure la modernisation du Transgabonais, unique voie ferrée du pays. L’Agence française de développement participe à la réhabilitation du Transgabonais. Un plan lancé en 2024 prévoit de remplacer 270 kilomètres de rails d’ici 2027, un chantier rendu complexe par la densité forestière et l’instabilité des sols. Ce projet est présenté comme un levier majeur pour une meilleure circulation des biens, notamment miniers.
La question de la transformation locale des minerais constitue un autre axe stratégique. Libreville impose désormais la transformation du manganèse et du fer avant exportation, dans une logique de captation accrue de valeur ajoutée. Eramet, présent depuis 84 ans, négocie un nouvel accord cadre, tandis que Paris soutient cette orientation sous réserve de garanties de compétitivité.
Brice Oligui Nguema défend une coopération « débarrassée de toute tutelle », quand Emmanuel Macron évoque un partenariat fondé sur « des échanges d’égal à égal », signe d’une volonté commune de rompre avec la logique de la Françafrique.
Sécurité repensée et environnement prioritaire
Sur le plan militaire, la France a réduit sa présence au Gabon à une centaine d’hommes, loin des 1 200 des années 2000, indique Le Monde, précisant que cette présence est désormais concentrée sur la formation des forces gabonaises. Une académie de protection de l’environnement doit voir le jour au camp de Gaulle afin de lutter contre le braconnage et l’orpaillage illégal.
Cette réorientation sécuritaire témoigne d’une approche plus ciblée, moins intrusive, mais jugée plus efficace face aux nouveaux défis régionaux, notamment la criminalité environnementale et la piraterie dans le Golfe de Guinée.
Dans le dossier sensible des biens mal acquis de la famille Bongo, le président gabonais a sollicité l’entraide judiciaire française pour l’exécution des jugements. Paris a donné un accord de principe, inscrivant cette coopération dans la lutte contre la corruption transnationale.
Une alliance tournée vers l’impact social
Si le Gabon reste l’un des pays les plus riches d’Afrique en PIB par habitant, son économie demeure peu diversifiée. Un habitant sur trois vivait sous le seuil de pauvreté à la fin de 2024, souligne un rapport de la Banque mondiale, rappelant la dépendance persistante du pays aux hydrocarbures.
Dans ce contexte, les autorités gabonaises entendent faire de cette relance diplomatique un moteur de développement inclusif. Plus de 85 entreprises françaises sont actives dans le pays, notamment dans les hydrocarbures, le bois et le manganèse, avec une ambition affichée de renforcer la formation des jeunes et l’industrialisation locale.
En mettant les accords au centre de leur relation, Paris et Libreville officialisent une coopération décomplexée, assumée et rééquilibrée. Si la volonté politique est désormais claire, l’enjeu reste la concrétisation rapide de ces engagements pour traduire ce nouveau partenariat en bénéfices visibles pour les populations gabonaises.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU