Les électeurs bissau-guinéens ont voté ce dimanche 23 novembre dans un climat mêlant calme apparent et fortes crispations politiques. Cette double élection présidentielle et législative intervient après le report du scrutin prévu en 2024 par le président Umaro Sissoco Embaló, officiellement pour des « raisons de sécurité ».
Dès les premières heures de la journée, les bureaux de vote ont ouvert à travers le pays sous surveillance discrète des forces de sécurité. Le président sortant Umaro Sissoco Embaló a accompli son devoir civique dans la ville de Gabú, à l’est de la Guinée-Bissau, appelant les citoyens à « préserver la paix et la stabilité ». Selon les autorités électorales, environ 860 000 électeurs étaient attendus pour départager les douze candidats en lice à la présidentielle et renouveler les 102 sièges de l’Assemblée nationale.
Parmi les prétendants, Embaló apparaît favori face à une opposition fragmentée. Le principal rival identifié reste Fernando Dias, candidat indépendant soutenu par des figures de l’opposition issues du PAIGC. D’anciens chefs d’État comme José Mário Vaz figurent également sur la liste, mais avec un poids politique jugé marginal par les observateurs.
Le scrutin se déroule dans un contexte de méfiance généralisée, nourrie par la dissolution du Parlement en 2023 après des affrontements armés qualifiés par le pouvoir de tentative de coup d’État. Cette décision avait suscité de vives critiques, certains y voyant une stratégie visant à consolider l’autorité du président sortant.
Des élections sans le PAIGC
C’est un fait historique. Le PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), formation qui a conduit le pays à l’indépendance en 1974 sous la houlette d’Amílcar Cabral, est absent de ce scrutin. Sa coalition, PAI-Terra Ranka, dirigée par Domingos Simões Pereira, a été exclue par la Cour suprême pour dépôt tardif des dossiers de candidature. Une justification juridique que de nombreux acteurs politiques qualifient de prétexte pour écarter un adversaire de poids.
Privé de participation directe, le PAIGC a reporté son soutien sur Fernando Dias, devenu de fait le principal porte-voix de l’opposition face au président sortant. Cette mise à l’écart d’un parti au rôle fondateur renforce la perception d’un processus électoral déséquilibré et fragilise davantage la confiance dans les institutions.
Dans un pays marqué par une succession de coups d’État, d’instabilité chronique et de crises institutionnelles, ce scrutin est perçu comme un test décisif pour la démocratie bissau-guinéenne. Depuis 1974, le pays a connu quatre cous d’État. Pour nombre d’observateurs, quelle que soit l’issue, la transition vers une gouvernance apaisée demeure incertaine.
Les résultats provisoires sont attendus dans les 48 heures suivant la clôture du vote, tandis qu’un éventuel second tour pourrait être organisé dans les deux semaines en cas d’absence de majorité absolue.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU